Pierre Fraser

Sociologue / Université Laval

Sociologie de la santé, SOC-2137, Université Laval, Hiver 2013


Pour les étudiants de l’Université Laval que la chose intéresserait, étant donné que je donnerai le cours «Sociologie de la santé» au baccalauréat à l’hiver 2013 au département de sociologie, voici le plan de cours.

DESCRIPTION

SOC-2137 : Sociologie de la santé
Temps consacré : 3-0-6
Crédits : 3
Session : hiver 2013.
Jour : mardi, 08 h 30.
Disponibilité : places encore disponibles.

Autour de la maladie et des soins se cristallisent un ensemble de transformations majeures de la société contemporaine, de l’économie politique, de l’État, de l’identité subjective et de l’éthique. Ce cours permet de mieux comprendre l’articulation, les conséquences et les enjeux de ces mutations qui touchent aussi bien le «système de santé» que le «prendre soin» de soi et des autres.

ENSEIGNEMENT

Enseignant : Pierre Fraser, chargé de cours, doctorant en sociologie.
Bureau : DKN 2473.
Téléphone : 418-656-2131, poste 11303.
Courriel : pierre.fraser.1@ulaval.ca.

OBJECTIFS DU COURS

Ce cours porte à la fois sur les aspects objectifs de la santé ainsi que sur la santé comme construction sociale, c’est-à-dire comme étant créée, objectivée, et institutionnalisée. La notion de construction sociale, en sociologie, constitue un schème d’intelligibilité pour comprendre comment les frontières et les règles des sociétés, invisibles mais puissantes, régissent le comportement des individus, et comment les individus, en retour, modifient ces mêmes règles et frontières. En ce sens, l’efficacité de l’entreprise médicale, ses champs de recherche toujours plus élargis, l’emprise constamment renouvelée de ses savoirs, a créé de nouveaux défis : (1) le passage d’une médecine qui a pour mission de traiter et guérir vers une médecine de plus en plus préoccupée de gérer des risques potentiels ; (2) le passage d’un patient «sujet» vers un patient «acteur» confronté aux logiques du consentement thérapeutique ; (3) des choix à faire, à la fois dans la recherche et l’assistance, des choix imposés par des contraintes financières de plus en plus rigoureuses ; (4) une maîtrise technique jusqu’ici inégalée porteuse de défis éthiques, qui confère à l’État une responsabilité aussi lourde que décisive.

OBJECTIF GÉNÉRAL DU COURS

L’objectif de ce cours est triple :  initier à la notion de santé comme dans ses aspects objectifs et aussi comme construction sociale ; fournir à l’étudiant une solide base épistémologique en matière de santé afin d’être en mesure d’exercer un jugement critique ; positionner l’étudiant comme acteur responsable face au discours de la santé.

OBJECTIFS SPÉCIFIQUES DU COURS

Pour atteindre ce triple objectif, quatre méthodologies : analyse sociologique, analyse de discours, analyse cognitive, traitements sémantiques que présentent les cinq grands paradigmes qui, actuellement, orientent les recherches en matière de sociologie de la santé :

  • Paradigme structuro-fonctionnaliste : analyse de la notion des rôles sociaux où les valeurs culturelles dominantes dictent les discours et les comportements attendus lorsqu’un individu est malade afin de maintenir la stabilité sociale. (Représentants : Max Weber, Robert K. Merton, Talcott Parsons).
  • Paradigme du conflit : le contrôle exercé par la profession médicale doit se comprendre dans un cadre économique et politique impliquant des types de représentations cognitives. Ici, la profession médicale ne fait pas seulement définir théoriquement la maladie, elle en détermine également l’appréhension et la pratique et supervise le rôle du malade et sa façon de se comporter pour recouvrer la santé dans le cadre d’un système capitaliste. (Représentant : Eliot Freidson)
  • Paradigme interactionniste : les conceptions de la santé et de la maladie se définissent avant tout comme étant des significations personnelles quotidiennement partagées avec les autres à travers différentes interactions sociales instaurant des positionnements sociosémantiques. Conséquemment, la santé et la maladie ne sont pas seulement un savoir scientifique objectif et positif, mais bien plutôt la définition que chaque individu en a à l’intérieur de groupes déterminés. (Représentants : Erwin Goffman, Anthony Giddens).
  • Paradigme féministe : l’idée d’une oppression patriarcale historique fondée sur la différence entre les genres. Le système de santé tendrait à promouvoir l’expertise et les privilèges des médecins tout en mettant de côté la dimension émotive et le savoir pratique et empirique que les femmes ont acquis au fil du temps face à leur propre corps. (Représentantes : Carole Pateman, Nira Yuval-Davis, Anne Philips, Christine Delphy).
  • Paradigme du corps : la position de Michel Foucault a permis de comprendre que les différents aspects de notre réalité sont essentiellement un acte de pouvoir et de contrôle connecté à des institutions particulières (biopouvoir). Ici, le regard médical considère le corps non seulement comme un objet directement connecté à l’institution de l’enseignement et de la pratique cliniques, mais également comme objet de contrôle des individus et des populations, car le corps est désormais un objet (support, médium) observable, mesurable et traitable sans qu’il ait besoin de faire référence aux perceptions subjectives de l’occupant de ce même corps. (Représentants : Foucault, Bourdieu).

C’est en privilégiant de tels questionnements que ce cours mettra l’accent sur la reconfiguration contemporaine de la vision du corps, du sain et du malsain, du normal et du pathologique (Canguilhem) dans une perspective où l’individu, de plus en plus appeler à être autonome, architecte de sa vie, maître de son destin et surtout personnellement tenu responsable de la santé de son corps, est contraint à une santé physique et mentale optimale pour satisfaire aux exigences d’un mode de vie axé sur la performance et l’efficacité.

PLAN DU COURS

A. Évolution de la vision du corps, du sain et du malsain, du normal et du pathologique, de l’Antiquité jusqu’à nos jours (Durée : 2 semaines)

  • Antiquité : le moment hippocratique ; la première mise aux normes du corps.
  • Moyen-Âge : une ambition préventive, deux idées centrales : la pureté et le contact.
  • Renaissance : le corps est poreux ; déplacement marqué des préoccupations vers la prévention.
  • Siècle des Lumières : l’individu responsable de son corps ; affermir, tonifier, épurer, évacuer.
  • Début XIXe siècle : préoccupation pour un corps en santé ; la maladie serait le fait d’une faiblesse particulière.
  • Fin XIXe siècle : le corps posséderait cette capacité à se guérir ; la minceur comme signe de santé.
  • Première moitié du XXe siècle : développement d’une médecine technoscientifique ; l’émergence de la notion d’un mode de vie santé.
  • Seconde moitié du XXe siècle : création des classes moyennes ; grandes révolutions médicales ; la révolution du mince.
  • Début du XXIe siècle : une médecine qui traite la maladie versus une médecine qui gère le risque ; surpoids et obésité devenus préoccupation hygiénique.

B. Paradigmes utilisés en sociologie de la santé (Durée : 5 semaines)

  • Paradigme structuro-fonctionnaliste (rôles sociaux).
  • Paradigme du conflit (constructions professionnelles).
  • Paradigme interactionniste (significations subjectives personnelles).
  • Paradigme féministe (dépossession du corps par le complexe médical).
  • Paradigme du corps (biopouvoir exercé par la structure).

C. Déterminants sociaux de la santé (Durée : 4 semaines)

  • Notion de «gradient social» en matière de santé.
  • Principaux déterminants sociaux de la santé : revenu, niveau d’éducation, sexe, ethnie, etc.
  • Études Whitehall.
  • Travaux de recherche de Wilkinson et Pickett (The Spirit Level) portant sur la relation entre les inégalités sociales et leurs impacts sur la santé des individus et des populations.
  • Données statistiques de l’OMS.

D. La santé mesurée et chiffrée (Durée : 2 semaines)

  • Pourquoi mesurer la santé ?
  • Santé et maladie : des définitions.
  • Santé de l’individu versus santé des populations.
  • Indicateurs de l’état de santé d’un individu.
  • Indicateurs de l’état de santé d’une population.
  • Notion d’espérance de vie.
  • Notion d’espérance de santé.
  • Morbidité et mortalité.
  • Sens de la cohérence et vie en santé.

E. Quel avenir pour la santé ? (Durée : 2 semaines)

  • Le corps comme socle ontologique de l’individu : une vision contemporaine.
  • Une multitude de corps : le corps de l’individu, le corps soignant, le corps médical, le corps hospitalier.
  • Le patient et le corps médical : deux épistémologies différentes pour un même socle ontologique.
  • L’individu autonome, seul architecte de sa vie, maître de son destin et personnellement tenu responsable de la santé de son propre corps.
  • Quel avenir pour les systèmes de santé ?

APPROCHE PÉDAGOGIQUE

Chaque séance est divisée en deux parties. Pendant les deux premiers tiers du cours, le professeur présente un exposé des synthèses concernant la matière à explorer et à analyser. Dans le dernier tiers du cours, un échange actif entre le professeur et les étudiants, basé sur des mises en contexte historiques et actuelles, place les participants dans une appropriation critique du contenu. Quant au contenu pédagogique, il est entièrement disponible sur le portail des cours de l’Université Laval.

ÉVALUATION

Contribution des participants :

  • la participation aux échanges en se basant sur ce qui a été vu en classe, sur la lecture des textes disponibles sur le portail, et sur les lectures personnelles ;
  • deux travaux (synthèse critique, max. 5 pages) portant sur l’un des thèmes abordés (au choix du participant ;
  • la rédaction d’un travail de session (max. 10 pages) portant sur l’un des paradigmes utilisés en sociologie de la santé (au choix du participant).

Répartition des points :

  • participation aux échanges, commentaires de lecture et des textes obligatoires : 30% ;
  • premier travail de synthèse : 20%, à remettre entre la 5e et la 6e semaine ;
  • second travail de synthèse : 20%, à remettre entre la 10e et la 11e semaine ;
  • travail de session : 30%, à remettre au maximum deux semaines après la fin de la session.

BIBLIOGRAPHIE SOMMAIRE

La bibliographie complète est disponible sur le portail des cours de l’Université Laval.

AUBERT, N, (2003), Le culte de l’urgence – La société malade de l’urgence, Paris : Flammarion.

EHRENBERG, A. (2012), La société du malaise, Paris : Odile Jacob.

FOUCAULT, M. (1972), Naissance de la clinique Une archéologie du regard médical, Paris : PUF.

FREIDSON, E. (2006), Professional Dominance: The Social Structure of Medical Care, New York : Aldine Transaction.

GORI, R., DEL VOGO, M. (2005), La santé totalitaire, Paris, Flammarion, 2005.

HADLER, N.M. (2010), Malades d’inquiétudes ?, Québec : PUL.

VIGARELLO, G. (1999), Histoire des pratique de santé, Paris : Seuil.

VIGNAUX, G. (2009), L’aventure du corps, Paris : Pygmalion.

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Une réponse à “Sociologie de la santé, SOC-2137, Université Laval, Hiver 2013

  1. Claude LaFrenière (@Chd_LaFreniere) 23 novembre 2012 à 19:29

    Bonsoir Pierre Fraser

    Félicitation pour ta nomination à l’U.L. Je te souhaite un staff estudiantin sans carré rouge…
    :-)

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