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16 janvier 2012 / Pierre Fraser

Et si le surpoids et l’obésité s’imposaient à vous ?

Dans un billet précédent, j’ai évoqué l’idée que l’obésité est inévitable dans les sociétés organisées autour du principe du libre marché. En fait, une première hypothèse de travail pourrait se formuler comme suit : « Le surpoids et l’obésité s’imposent aux individus parce que la capacité d’accéder au mode de vie santé approprié est inéquitablement répartie. »

Les mécanismes biologiques qui conduisent à la prise de poids et éventuellement à l’obésité sont bien connus : consommation d’aliments possédant un ratio ‘satiété/énergie’ élevé, et le manque d’exercice. En ce sens, une étude menée par une équipe de chercheurs de l’Université du Michigan[1] a mis en évidence que, dans les pays où il y a une forte concentration de restaurants de type fast-food par 100 000 habitants, le taux d’obésité augmente d’autant.

Pays

Nb. restaurants Subway’s

par 100 000 habitants

% hommes

obèses

% femmes

obèses

États-Unis

7,52

31,3 %

33,2 %

Canada

7,43

23,2 %

22,9 %

Norvège

0,19

2,9 %

3,3 %

Japon

0,13

6,4 %

5,9 %

Comme le fait remarquer le chercheur Roberto de Vogli, « […] il n’y a aucun facteur biologique, génétique, psychologique ou lié à la communauté d’appartenance qui peut expliquer un tel phénomène. Seul un changement de nature globale peut en rendre compte. [2] » À mon avis, la restauration de type fast-food n’explique pas pour autant ce changement de nature globale, tout comme le manque d’exercice ne l’explique pas également ; ils ne sont que les symptômes d’un problème de fond. Mais quel est ce problème de fond ?

Au Royaume-Uni [3], depuis les 20 dernières années, toutes les campagnes publiques visant à promouvoir un mode de vie santé ont échoué. Le nombre de personnes atteintes de diabète est passé de 130 000 à 2,9 millions au cours des dernières années, dont 90 % sont porteuses d’un diabète de type 2 lié au surpoids et à l’obésité. Il s’agit d’une augmentation de plus de 50 % en moins de 4 ans (2006-2010) [4]. Sur l’ile de Malte, le dernier pays à avoir rejoint l’Union européenne en 2008, l’obésité infantile est passée de 25 % en 2001 à 40 % en 2010 [5]. Ce que cette étude met également en évidence, c’est que la classe sociale à laquelle les enfants appartiennent détermine le taux d’obésité. Par contre, comme je l’ai déjà expliqué ailleurs, l’appartenance à une classe sociale, aisée ou non, ne soustrait personne à la prise de poids et à l’obésité. En fait, on se rend compte d’une chose : malgré toutes les campagnes publiques promouvant un mode de vie santé, malgré le fait que les gens disposent ou non des revenus nécessaires pour être en santé, le surpoids et l’obésité font partie intégrante des sociétés modernes. La seule différence constatée entre l’appartenance à telle ou telle classe, c’est que le pourcentage de personnes en surpoids ou obèses est généralement plus élevé dans les classes sociales moins aisées.

Le problème de fond du surpoids et de l’obésité est peut-être lié au fait que nos sociétés modernes n’offrent pas à chacun et de façon équitable la possibilité réelle d’exercer son potentiel santé. La santé est peut-être un phénomène fondamentalement inéquitable dans nos sociétés modernes. Si vous faites parties des gens défavorisés, ou si vous faites partie des classes moyennes endettées ou surendettées, vos chances d’accéder au discours de la santé qui est proposé sur toutes les tribunes médiatiques est d’autant limité. En fait, la contradiction entre l’égalité formelle des individus et la force des inégalités de la vie économique et sociale conduit directement à un mode de vie qui empêche d’accéder à la santé. Certes, chaque individu dispose du libre choix de manger ou non sainement, de faire ou non de l’exercice, mais ce choix est d’autant limité en fonction des impératifs économiques et sociaux qui s’imposent à lui.

Ce que je propose dans cet article, ce sont des pistes d’exploration. Si vous avez des idées, n’hésitez pas à m’en faire part.


[1] De Vogli Roberto,Kouvonenc Anne, Gimenod David, ‘Globesization’: ecological evidence on the relationship between fast food outlets and obesity among 26 advanced economies, in Critical Public Health, Special Issue: Food and Public Health, Volume 21, Issue 4, 2011, p. 395-402.
[2] « There is no biological, genetic, psychological, or community level factor that can explain this. Only a global type of change can explain this. »

[3] Laurence Jeremy, New year, a new obesity plan from Westminster, 3 January 2012, The Independant, http://www.independent.co.uk/life-style/health-and-families/health-news/new-year-a-new-obesity-plan-from-westminster-6284214.html.

[4] Campbell Denis, Patients with unhealthy lifestyles must be warned, say experts, The Guardian, 3 December 2012, http://www.guardian.co.uk/society/2011/dec/30/patients-with-unhealthy-lifestyles.

[5] Borg Annaliza, Obesity in children becoming worse, 1 January 2012, The Malta Independent on Line, http://www.independent.com.mt/news.asp?newsitemid=137588.

2 Commentaires

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  1. Olivier Montulet / jan 16 2012 11:03

    Ces injonctions sociales paradoxales font légions dans notre société, ainsi , par exemple,devoir être performant mais ne pouvoir pas utiliser les performances de son véhicule. C’est un des articles du livre que je rédige… Il faudra aussi parler de la culpabilisation qui accompagne ces injonctions.

Rétroliens

  1. L’accès au libre marché serait-il un accès à l’obésité ? « Pierre Fraser

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