Obésité : marquée au fer rouge de la culture populaire
Ce qu’il y a de fascinant avec l’obésité c’est que plusieurs facteurs sont avancés pour l’expliquer, mais tous semblent exclusifs l’un à l’autre, non pas d’un point de vue scientifique, mais du point de vue de la culture populaire. Voici un bref tour de la question.
Mode de vie
Il s’agit du discours dominant et comporte 4 facettes :
- Vous êtes en surpoids ou obèse parce que vous n’avez pas adopté LE mode de vie approprié prônée par les prescripteurs de santé.
- Vous ingurgitez une grande quantité d’aliments sans pour autant faire l’effort nécessaire pour brûler les calories excessives.
- Vous recevez l’étiquette « manque de volonté ».
- Vous développez un sentiment de culpabilité.
Facteurs hormonaux
Si votre médecin vous dit que vous avez un dérèglement hormonal, ou que vous vous convainquez que vous avez un dérèglement hormonal, et que vous en faites part à votre entourage, vous êtes tout de même considéré comme un « gros », mais vous avez droit à une certaine clémence de la part de ceux qui ont fait l’effort d’adopter LE bon mode de vie.
Facteurs socioéconomiques
Vous devez internaliser des problèmes qui vous sont externes. Autrement dit, même si vous n’êtes pas responsable de ce qui vous arrive, vous devez tout de même faire vôtres les conséquences d’une situation qui est hors de votre contrôle.
Par exemple, si vous perdez votre emploi ou que votre emploi devient précaire, si vos revenus vous empêchent d’acheter des aliments frais que vous devez apprêter — légumes, fruits, viandes maigres, poissons et fruits de mer — parce que vos besoins de bases les grugent en bonne partie, si vous êtes dans l’impossibilité de faire de l’exercice parce que vous êtes épuisé par la situation, on vous recommande tout de même, sur toutes les tribunes médiatiques, de changer de mode de vie pour recouvrer la santé en choisissant des aliments sains et en faisant de l’exercice. Si vous ne le faites pas, vous recevez l’étiquette « manque de volonté ». Vous êtes ici convié à une responsabilisation totale de tout ce qui peut vous arriver et vous devez prendre les moyens nécessaires pour changer la situation, peu importe l’ampleur du problème auquel vous êtes confronté.
Les prescripteurs de santé ne voient pas que le mode de vie que vous adoptez est de nature économique et hors de votre contrôle. Ils considèrent qu’il s’agit, encore et toujours, d’une question de volonté de votre part.
Campagnes d’éducation contre l’obésité
Il s’agit d’une conséquence découlant directement du discours dominant à propos du mode de vie approprié qu’il faut adopter. Par exemple, toutes les campagnes pour sortir la malbouffe des écoles ou des lieux publics, ou toutes les campagnes pour la taxer, ou toutes les campagnes pour forcer le complexe agroalimentaire à modifier la qualité des aliments qu’il produit, est en lien direct avec discours du mode de vie approprié qu’il faut adopter. Nous sommes ici en présence d’un puritanisme de bon aloi, en ce sens que le discours du mode de vie appropriée est le discours du corps resplendissant de santé, et que tout ce qui s’en éloigne doit être considéré comme impur.
Le discours puritain de la santé possède l’avantage de masquer les problèmes de fonds qui sont inhérents à l’obésité — facteurs socioéconomiques et choix de société. Pour ce discours puritain, si vous n’adoptez pas LE mode de vie appropriée, peu importe la situation dans laquelle vous vous retrouvez, vous êtes définitivement considéré comme quelqu’un qui n’a pas de volonté, et qui doit être tenu pour responsable de ce qui lui arrive. On comprendra alors mieux à la lumière du discours à propos du mode de vie approprié qu’il faut adopter, pourquoi il est possible de suggérer que les gens qui ne l’adoptent pas devraient payer des frais supplémentaires pour se faire soigner, et même de pousser l’odieux à dire que ceux qui adoptent LE mode de vie appropriée ne devraient pas avoir à payer pour ceux qui ne le font pas.
Conclusion
Si vous êtes obèse ou en surpoids, vous devez non seulement vivre avec les problèmes de santé qui y sont reliés, mais aussi vivre avec le puritanisme qui hante non seulement les tribunes médiatiques, mais aussi le bureau de votre médecin. La santé s’est drapé dans un voile de vertu qui a enveloppé les moindres recoins la société. Vous suffit-il de devenir vertueux pour éliminer votre problème de surpoids ou d’obésité ? En fait, je vous dirais que, dans les circonstances actuelles, l’adhésion au santéisme semble être la seule porte de sortie pour vous… Désolant…
© Pierre Fraser, 2011



Le discours des diététiciens (nes) est intéressant et dangereux à plus d’un titre :
- Il y a un poids “idéal” qu’on vous assène tel le jugement de la Reine dans Alice au pays des merveilles : c’est “l’article premier”. De lui tout découle !
- il est propice à toutes les contradictions : certains recommandent la viande, d’autres le poisson !
- Il ignore que le goût se construit : pour beaucoup un Big Mac c’est bon ! un point c’est tout!
- Il ignore surtout les conditions de vie, de revenus, de stress, d’hérédité !
- Il ne dit mot des ruses de l’industrie alimentaire qui aujourd’hui déguise en “bio” n’importe quoi !
Sans compter que les saveurs sont véhiculées par les corps gras et que les diététiciens cherchent à les bannir !