La fin de l’ère de la maladie ?
La médecine basée sur le diagnostic et le traitement se retrouve confrontée à un problème particulier avec le vieillissement accéléré de la population : les maladies facilement identifiables versus les maladies chroniques qui sont par nature diffuses et imprécises. Tel est le constat que font les médecins Mary Tinetti et Terri Fried dans un article scientifique publié en 2004 et toujours d’actualité.
Au tournant du XIXe siècle, alors que la moyenne d’âge était de 47 ans, et tout au cours du XXe siècle, la médecine a mis l’accent sur les problèmes de santé facilement identifiables. Le XXIe siècle, quant à lui, nous promet une espérance de vie qui dépasse les 74 ans ; nous sommes donc dans une dynamique de santé totalement différente.
Comparativement aux problèmes de santé facilement identifiables, les maladies chroniques possèdent un spectre de manifestations cliniques beaucoup plus étendu, sans compter que la corrélation entre symptômes et pathologies est rarement claire. En fait, lorsque vous vous retrouvez avec des patients qui consomment 15 médications différentes chaque jour, vous n’êtes pas en présence d’un problème de santé facilement identifiable.
Cette situation, pour le moins paradoxale, entraîne trois effets pervers :
- Sous-traitement. La réticence à traiter des patients qui ne satisfont pas aux critères de diagnostic acceptés et établis.
- Surtraitement. L’accent mis sur le dépistage conduit inévitablement à une offre grandissante de traitements.
- Traitement inapproprié ou iatrogénie. Décisions cliniques fondées sur un problème de santé identifiable en ne tenant pas compte de l’état global du patient.
La problématique n’est pas simple, et elle mérite d’être mise en lumière. Ici, on ne parle plus seulement de santé, mais aussi des attentes du patient par rapport à ce qu’il souhaite vraiment vivre. Peut-être avons-nous besoin d’un modèle de santé plus intégrateur qui tiendrait compte de tous les aspects de la vie d’un individu : facteurs socioéconomiques, valeurs personnelles, valeurs culturelles, niveau d’instruction, mode de vie, etc.
© Pierre Fraser, 2011



Et n’oublions pas le traitement des effets secondaires des traitements, ni les maladies iatrogènes