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28 novembre 2011 / Pierre Fraser

Obésité : les campagnes pour la contrer sont vouées à l’échec

Aux États-Unis, Michelle Obama et son programme « Let’s move » qui s’attaque à l’obésité infantile, le Congrès qui accrédite la thèse qu’une portion de pâte de tomate sur une pizza correspond à une portion de légume, et le Department of Children and Family Services de Cleveland qui retire de sa famille un enfant de 8 ans qui pèse près de 90 kg parce que sa mère ne se préoccupe prétendument pas de sa santé, nous démontre que tout est possible dans ce pays de tous les extrêmes. Remettons les choses en perspective. Avant d’accuser le Congrès, avant de s’en prendre au complexe agroalimentaire, avant d’applaudir aux initiatives de Michelle Obama et du Department of Children and Family Services, encore faut-il se demander pourquoi ces discours opposés sont possibles. Mon postulat est le suivant :

On peut vraisemblablement considérer que la montée de l’obésité dans les pays occidentaux est en grande partie un reflet de l’inégalité de la répartition des revenus.

D’un strict point de vue économique, toutes les campagnes pour contrer l’obésité sont en bonne partie vouées à l’échec, pour la simple raison que les conditions socioéconomiques se dégradent jour après jour pour la classe moyenne et les démunis.[1] Quand la majeure partie de vos revenus servent à vous loger et à vous déplacer pour aller travailler, ou quand votre carte de crédit a atteint sa limite et que vos revenus servent à payer les traites de la carte de crédit, à vous loger et à vous déplacer pour aller travailler pour un salaire minimum, vous n’êtes pas dans une position pour consommer des produits frais — légumes, fruits, viande, poisson — que vous devrez préparer. Donc, lorsque vous vous retrouvez au supermarché, vous fréquentez les allées centrales, là où se retrouvent les produits en boîte ou en canne qui ne demandent aucune préparation, qui sont vites servis, qui procurent rapidement un sentiment de satiété et comblent vos besoins énergétiques[2].

Pourtant, malgré les réalités socioéconomiques, le discours dominant est celui de la santé, et on ne peut être contre la vertu. Malheureusement, manger des produits frais, faire de l’exercice, et éviter le stress récurrent sont de moins en moins à la portée de plus en plus de gens, pour la simple raison que les conditions socioéconomiques se dégradent pour de plus en plus de gens. Une fois le constat posé, comment remédier à la situation ? En fait, la question est mal posée, et il faudrait plutôt poser celle-ci : « Pourquoi le discours actuel à propos de la santé cherche-t-il à inclure toutes les couches de la population, alors qu’il s’adresse essentiellement à ceux qui ont les revenus nécessaires pour être en santé ? » Parce qu’il est une réaction à un constat collectif de la dégradation de la santé, mais on ne se rend pas compte de la complexité du problème.  Et c’est dans cette faille de ce discours que vient s’insérer l’obésité.


[1] Krugman Paul, L’Amérique que nous voulons, Paris, Flammation, 2008.

[2] Katzmarzyk Peter T., Janssen Ian, The Economic Costs Associated With Physical Inactivity and Obesity in Canada: An Update, Canadian Journal of Applied Physiology, vol. 29, no 1, 2004, p. 104.

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