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22 novembre 2011 / Pierre Fraser

L’obésité est-elle une maladie ?

Avant le milieu du XXe  siècle, l’obésité n’était pas vraiment considérée comme un problème de santé, mais bien plutôt comme une simple variation naturelle du poids à travers le temps. Au sortir de la Deuxième Guerre mondiale, l’emphase que notre société a mise sur la perfection physique, la performance, le fitness, la discipline personnelle et les restrictions alimentaires de toutes sortes a fait en sorte qu’être obèse est devenu non seulement un problème moral — l’individu n’a pas adopté LE bon mode de vie —, mais une maladie. Conséquemment, l’obésité a atterri dans le champ de l’enveloppe médicale et elle est devenue épidémique.

En fait, je pense que l’obésité est une construction sociale. Concrètement, personne n’est jamais décédé de l’obésité. Certes, on peut mourir d’un cancer, d’une pneumonie, d’un virus, d’une bactérie, mais surtout pas de l’obésité. Par contre, on peut mourir de certains effets délétères liés à l’obésité — hypertension, diabète, athérosclérose, etc. —, mais il n’est pas nécessaire d’être obèse pour mourir de ces effets. Une personne qui n’est pas en surpoids peut très bien avoir l’un de ces problèmes ou une combinaison de ceux-ci. De plus, de dire que l’obésité est une maladie suggère automatiquement le fait que chaque personne qui est en surpoids ou obèse sera immanquablement soumise soit à l’hypertension, le diabète, l’athérosclérose, etc., ce qui est en partie faux. Il y a des gens qui sont en surpoids et qui n’ont pas de problèmes d’hypertension ou de diabète.

En déclarant l’obésité comme étant une maladie, et à plus forte raison comme une épidémie, on ouvre ainsi la porte toute grande aux traitements de toutes sortes. Ici, il est intéressant de constater que le traitement de l’obésité a un taux de succès de 10 % inférieur à celui de tous les cancers confondus [1]. Il faut peut-être se rendre à une simple évidence : l’obésité n’est pas une maladie, car si elle était une maladie, nous aurions déjà un ou plusieurs traitements efficaces ou moyennement efficaces.

Et si on changeait de perspective et que l’on considérait l’obésité comme un problème de civilisation relevant d’une multitude de facteurs tels la condition socioéconomique, le stress récurrent, la précarité de l’emploi, le niveau de scolarisation, etc. ? Vue sous cet angle, l’obésité devient alors une combinaison de facteurs biologiques et non biologiques. Pour « vaincre » l’obésité, peut-être faut-il la sortir de l’enveloppe médicale et ne plus la considérer comme une épidémie ou une maladie. Il y a ici toute une recherche sociale à effectuer.

[1] Fraser Laura, Losing it — America’s Obsession with Weight and the Industry that Feeds on It, Radiance Winter, 1998.

5 Commentaires

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  1. grangeard catherine / nov 24 2011 09:27

    OUI bien sûr.
    j’ai même écrit un livre à ce propos et suis sur le 2ème en ce moment. Je n’ai pas là, sur le champ le temps de vous répondre pleinement.
    En +, des raisons d’ordre social, que vous abordez, qui sont vraies, il y a ce qui agite psychiquement un individu et crée une certaine relation à la nourriture et ses conséquences ensuite sur le corps. C’est ce qui manquait dans votre article ci-dessus, ca run individu es tun être social et il a aussi une psyché….
    Excusez mais je n’ai pas plus de temps maintenant pour un pb si important, si complexe. Je ne voudrai pas que qqs mots soient considérés comme le tout.
    Bien à vous

  2. grangeard catherine / nov 24 2011 08:23

    bonjour
    je relève juste que vous n’écrivez pas que des personnes comblent divers pbs avec un excès de nourriture puis prennenet du poids. Ainsi dans les causes multifactorielles, il y a aussi des origines psy.
    J esuis psychanalyste e tje travaille avec bcp de personnes dans ces situations, c’es tpour cela que j’ai relevé ce point.

    • Pierre Fraser / nov 24 2011 09:21

      En fait ce dont vous parlez fait partie des causes non biologiques, et l’excès de prise de nourriture est une conséquence de l’instabilité des facteurs socioéconomiques et non une cause première.

  3. grangeard catherine / nov 24 2011 08:15

    Bien mais…
    Pourquoi exclure le psychique de tout cela ?
    Catherine Grangeard

    • Pierre Fraser / nov 24 2011 08:18

      Bonjour madame Grangeard !

      Auriez-vous l’amabilité de développer un peu plus votre argument, car énoncé de cette façon, il laisse la porte grande ouverte à de multiples interprétations.

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