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25 octobre 2011 / Pierre Fraser

Fitness : un discours pour les mieux nantis ?

Un texte 30 secondes ! à propos de la santé

Il est impossible de nier le lien de cause à effet qui existe entre le statut socio-économique d’un individu et son espérance de vie. Si vous vivez dans un milieu défavorisé, ou si vous faites partie de la portion de la classe moyenne située à la frontière de la pauvreté, et que l’on vous dise que votre cholestérol est trop élevé ou que vous avez été diagnostiqué d’un quelconque cancer, tout ça ne changera vraiment pas grand-chose aux risques inhérents à votre environnement. De plus, quand votre salaire sert en grande partie à payer votre loyer, vous n’avez pas les moyens de manger une nourriture saine ou de fréquenter les gymnases privés, encore moins de vous payer un entraîneur pour vous suivre à la trace. Même si le système de santé de votre pays vous prend en charge en ce qui concerne le traitement de votre cancer, les risques mortels de votre environnement pour votre santé pèsent encore et toujours sur vous.

Dans la catégorie des cols bleus, manœuvres et journaliers qui occupent des emplois physiquement épuisants à petit salaire, il y aura toujours de petits rigolos pour venir leur dire qu’ils doivent adopter de saines habitudes de vie. Pensez-vous sincèrement que le soir venu, ces gens ont envie de poursuivre leur épuisement dans un centre de conditionnement physique ? Ça m’étonnerait… Qui, pensez-vous, a les moyens de fréquenter un gymnase, de se payer un entraîneur privé et d’acheter des aliments sains et équilibrés ? Je vous le donne en mille : ceux qui ne sont pas défavorisés et qui n’exercent pas un métier épuisant.

Tout le discours que l’on entend à propos de la santé a été conçu pour ceux qui peuvent accéder à ce discours. Toute la litanie des saines habitudes de vie est essentiellement une construction sociale pour bien nantis, tout comme le discours des aliments bio est réservé à ceux qui peuvent se les payer.  Dans les supermarchés à rabais, légumes et fruits trônent fièrement sur les étals, et on se dit qu’il suffit de les acheter. Eh bien non… En terme de rapport prix/quantité, une grande portion de la nourriture que l’on retrouve dans les boîtes ou les cannages est plus attrayante si vous disposez de peu de moyens. Si vous en poche pas plus de 3,00 $ ou € pour vous nourrir, votre choix ira inévitablement vers des aliments qui procurent le plus haut ratio dollar/calories ou euro/calories.

©  , 2011

5 Commentaires

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  1. Béranger (@beranger_v4) / oct 25 2011 04:24

    Aux années 1950, aux États-Unis, on vantait encore les qualités nutritionnelles et l’apport d’énergie des aliments. Par exemple, la teneur en graisse du lait de 4%. Après tout, l’idée était de manger moins pour un apport énergétique maximal.

    Aujourd’hui, on cherche de dire qu’on mange des denrées sans valeur énergétique. Dans le cas du lait, on vante le lait à 0,1 % graisses. Une valeur énergétique de 700kcal, c’était un atout en 1950 et un gros défaut à nos jours.

    C’est fou, ça!

  2. christine / oct 25 2011 03:31

    Ô combien vrai !
    D’après de récentes statistiques, l’obésité est deux fois plus répandue dans les catégories les moins favorisées que dans les catégories plus aisées… Les saines habitudes de vie et d’alimentation ne sont pas à la portée de tous, et l’écart se creuse lentement mais sûrement. D’après Hippocrate, notre alimentation est notre première médecine… Il est certain qu’il y a des inégalités flagrantes quant à la qualité du contenu des assiettes.

    • Isabelle Fraser / oct 25 2011 08:11

      Étrange tout de même ce revirement de tendance. Si l’on retrouve deux fois plus d’obésité dans les classes moins favorisées que dans les plus aisées, on se retrouve complètement à l’inverse d’une certaine période où étaient vantés femmes et hommes biens en chair. En effet, à cette époque, être gras était signe de richesse et de bonne santé, car on pouvait se procurer les aliments luxueux qui étaient ce qu’on appelerait aujourd’hui les gâteries (gâteaux et autres cochonneries délicieusement caloriques!). À l’inverse, si l’on était mince, cela était signe de pauvreté et de mauvaise santé, car on travaillait dans les champs et les seuls aliments que l’on pouvait se procurer étaient ceux que l’on produisait nous-mêmes (donc des aliments plus biologiques, plus sain?). Évidemment, l’image valorisée a changé au fil du temps, à cette époque, les grands artistes peignaient des nus de femmes potelés, aujourd’hui, la femme la plus potelée que l’on peut voir dans un magazine est Jennifer Lopez ou Beyoncé…

    • Pierre Fraser / oct 25 2011 08:32

      Commentaire juste et pertinent ! Comme quoi la santé est définitivement un discours !

    • christine / oct 25 2011 08:52

      Être gras était signe de richesse et bonne santé à une certaine époque, et si la corrélation peut se justifier entre mets de choix et finances, elle l’est beaucoup moins entre “être gras” et “être en bonne santé”. Je parle ici d’obésité selon les critères de l’OMC, avec les conséquences que cela entraîne sur les articulations, le système cardiovasculaire, etc., pas de léger surpoids. Il faut faire la part des choses entre ” l’image de la santé” selon les époques, et la réalité “physiologique”.
      Mais il est vrai qu’il ne fait pas bon être dodu(e) dans un monde où on prône une extrême minceur. Comme le disait il y a déjà plus d’un demi-siècle Wallis Simpson : “You can never be too rich or too thin. ” !!

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