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25 février 2010 / Pierre Fraser

Le bal des experts autoproclamés

Et voilà, avec ce billet, j’ouvre la nouvelle approche de mon blogue, à savoir, un atelier de réflexion pour la rédaction de mon prochain livre intitulé « Évidences silencieuses –  Ferment de notre futur collectif ». En espérant lire vos commentaires !

Je suis tout simplement estomaqué par le fait que, dès qu’un nouveau truc, une nouvelle façon de faire ou une nouvelle technologie se pointe,  soudainement, les experts surgissent de nulle part, tout comme un jack-in-the-box. J’ai même vu des gens d’à peine 23 ou 24 ans qui se disent experts en médias sociaux, qui n’ont aucune expérience ou formation en marketing et qui prétendent à ce statut. Pire encore, des gens qui ont peu ou pas d’expérience dans le monde des affaires et qui vous parlent d’entrepreneuriat et vous offrent de la formation sur le sujet.

Dans le bal des experts autoproclamés, la palme revient définitivement aux coachs. L’univers du coaching est un univers fantastique. C’est l’autoproclamation érigée en système. Certains parmi eux, aujourd’hui millionnaires, ont su avoir le flair suivant : devenir des experts autoproclamés dans la mythologie du succès. La mythologie du succès c’est de dire à quelqu’un comment devenir millionnaire en achetant des livres et des DVD, en participant à des séminaires et ateliers aux coûts faramineux, etc. tout en ne faisant rien soi-même comme véritable entrepreneur. Le hic, c’est que tout le monde ne peut pas devenir un porte-parole du mythe du succès, mais les gens pensent débilement qu’ils peuvent le devenir. On se dit « si ça fonctionne pour lui ou elle, pourquoi ça ne fonctionnerait pas pour moi ? » Quelle idée naïve de penser que vous serez comme ces coachs plus futés que la moyenne des gens pour miser sur la crédulité des apprentis coachs.

Et dans tout ce discours du succès et de la performance, des centaines et des milliers de gens ont flairé le marché et se sont improvisés coachs et psychothérapeutes. Mais ceux qui ont vraiment réussi, ce ne sont pas ceux qui sont devenus coachs, mais ceux qui ont écrit des livres pour dire comment devenir coach. Les Bob Proctor, Harv Ecker, John Assaraf, Joe Vitale, Louise L. Hay, Tony Robbins, Wayne W. Dyer, Esther & Jerry Hicks, Jack Canfield, R. Andrew Gage, Les Brown, Og Mandino, Norman Vincent Peale, Katleen Gage, Lise Bourbeau de ce monde sont devenus millionnaires non pas en étant coach ou entrepreneur, mais en disant comment devenir coach ou entrepreneur. La même chose s’est produite du côté des blogueurs. Les blogueurs qui font de l’argent ne sont pas ceux qui sont devenus blogueurs, mais ceux qui tiennent un blogue pour expliquer comment faire de l’argent avec un blogue.

Quel est votre point de vue ?

Avez-vous quelques idées que ce soit face à ce comportement ? À quoi peut-on rattacher ce comportement ? Est-il conditionné au discours du culte de la performance ? J’attends vos commentaires !

12 Commentaires

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  1. yves deligne / août 2 2010 03:13

    Je suis d’accord, mais il se trouve que la reconnaissance sociale entre aussi dans la registre de la compétition tout azimut. Or ce qui permet de rendre visible les gagnants c’est la comptabilité de la fréquentation d’un site, le taux de remplissage d’une salle de conférence, le nombre d’exemplaires du dernier livre vendus sur Amazon, etc. Tout ce que le coach pourra mettre en avant pour se faire reconnaître dans une société où la quantité est la garant du succès, reléguant la qualité au rang de l’accessoire. Il semblerait que le coaching ne demande pas de qualités particulières et très peux d’outils conceptuels, à l’instar du chercheur d’or [cf. Andalia], un métier qui ne réclame que de l’endurance, une carte approximative, une pelle et une pioche. Soit un investissement minimal pour se lancer dans la course. D’où la ruée vers le Far Web…

  2. Cyroul / mar 1 2010 09:47

    Bonjour Pierre,
    Je ne peux que te conseiller ce billet écrit sur le sujet des experts, mais digitaux cette fois.
    http://www.cyroul.com/tendances/experts-gourous-consultants-digitaux/
    Je pense que ça devrait te plaire, on y retrouve les mêmes constatations.
    C.

  3. Julie / fév 25 2010 13:32

    Je me demande…

    Comment devient-on expert? Par les diplômes? Le nombre d’expériences? La diversité des expériences? L’âge? La mémoire des connaissances? La capacité à communiquer? Par le pouvoir? Par la présence dans les médias?

    On s’auto-proclame ou ce sont les autres qui attribue l’étiquette?

    Est-on plus expert (ou meilleur ou plus crédible) lorsque l’on est payé pour divulguer ses connaissances?

    Une donnée probante est considérée comme vraie tant qu’elle n’est pas invalidée par une autre donnée probante. Celui qui proposait la première donné perd-il son statut d’expert? Ceux qui diffusaient la première donnée deviennent-ils des charlatans?

    L’expert est-il celui qui observe l’objet dans sa spécificité ou celui qui tente de le comprendre dans sa globalité?

    Peut-on vraiment être expert de quoi que ce soit?

  4. Ordjoun / fév 25 2010 13:31

    Bonjour à tous,
    c’est sûr que nous sommes TOUJOURS
    (et malheureusement!) comme le dit François Lessard, sur les territoires vierges où seul compte la loi du Far West.

    Mais, un peu comme ceux qui prennent TROP de crédits
    il arrive un moment où il faut payer l’addition
    de toutes ces “croyances”…

    Et là, ce sont les “clients” de ces soi-disant EXPERTS
    qui passent à la caisse! (financière et psychologique).

    Alors l’éthique…
    eh ben ça a du bon, n’est-ce-pas ?

    Cordialement,
    [Expert en Smilblick]

  5. Ardalia / fév 25 2010 10:44

    Oui, il y a d’une part le culte social autour de la réussite financière, notamment. Mais si ces recettes miracles fonctionnent si bien, c’est aussi à cause du mythe de l’héroïsme. Exemple pratique, notre bon président qui a prétendu s’être “fait tout seul” envers et contre les autres, ceux qui avaient un père présent, qui commandaient le saumon chez le traiteur, eux… C’est aussi le modèle du pionnier américain, le premier, celui qui a bravé ses peurs tout seul et construit face aux éléments/cow boys/indiens déchaînés.
    Ainsi, les personnes abusées par ces modèles pensent que l’on peut ainsi se construire seul dans “sa chambre”, qu’il suffit d’appliquer les recettes du succès, comme si un père bienveillant leur donnait le viatique pour la réussite. C’est ignorer la façon dont se construit l’être humain, l’échelonnement des épreuves, l’aide reçue pour avancer (ou non), les leçons à tirer des événements (constructives ou destructives), les encouragements, les coups de pouce, les fonds octroyés (ou non) et tout ce passé qui nous constitue.
    Ce mythe de l’homme neuf, l’homme providentiel qui habite les imaginaires est entretenu à la fois par les médias et l’art est contredit d’ailleurs -mais peut-être d’autant plus exalté dans le fantasme- la réalité concrète et la méfiance face à l’étranger. N’est-ce pas le meilleur moyen de duper cette peur de l’inconnu qui est en chacun que de se prétendre expert, compétent… rassurant ?

  6. flessard / fév 25 2010 10:25

    A ce que je sache, tout nouveau territoire appartient à celui qui le découvre. Tel un eldorado, on court tous chercher la mine d’or. Premier arrivés, premiers servis. L’univers numérique est un nouveau territoire. On commence à l’explorer. Que vous rencontriez des vendeurs de cartes qui vous disent où se trouvent les mines d’or peut vous sembler douteux mais c’est une façon honorable de se faire de l’argent. Vous dites “Éthique”? Ce mot n’existe pas dans un nouveau territoire. Ce sont les “regles” de la frontière qui priment.
    Pour paraphraser les westerns, on pourrait dire:
    “Go Web, Young Man”.

    • Pierre Fraser / fév 25 2010 10:29

      François, ton approche est intéressante. Je retiens l’idée !

    • flessard / mar 10 2010 22:51

      Et que le vendeur de carte vous vende en plus une fausse carte de mine d’or est aussi un réalité du ‘Far Web’…

  7. Sanders / fév 25 2010 10:24

    Je vois pas pourquoi faudrait faire un bouquin sur le sujet… Pour essayer de faire du métafric avec du métacoaching ?

    • Pierre Fraser / fév 25 2010 10:28

      Je n’écris pas un livre sur le sujet, ce qui serait tout à fait inutile ! Cette réflexion est tout simplement une composante parmi toutes celles dans lesquelles je puise pour la rédaction du nouveau livre intitulé «Évidences silencieuses – Ferment de notre futur collectif».

  8. yves deligne / fév 25 2010 10:15

    Si l’appât du gain est probablement le moteur principal de cette course à la notoriété – les gens “riches” étant les plus visibles – c’est certainement le fait de croire que pour exister il faut avoir la reconnaissance de milliers de quidams {cf. Facebook) qui poussent les gens à acheter des méthodes qui vantent les bienfaits de la société du spectacle. Si de plus le mot “expert” est le meilleurs argument d’autorité, alors même les plus nuls n’hésiteront plus à le brandir comme un oriflamme sur le champ de bataille de la compétition exacerbée au maximum. C’est risible et pitoyable !

    • Pierre Fraser / fév 25 2010 10:33

      Yves, je pense qu’il y a plus ici que le simple appât du gain. Je pense qu’il y a aussi ce statut de reconnaissance sociale. Avoir une fonction dans la société qui relève de l’aide envers les autres est fortement ancrée dans notre psyché. Le problème en fait, c’est ce foutu statut d’expert que l’on se donne, mais comme le dit François Lessard, sur les territoires vierges, seul compte la loi du Far West.

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