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Twitter ou la société d’adoration mutuelle

La Théorie des tendances a introduit un concept fort intéressant : l’egocasting. Qu’est-ce que l’egocasting ? En fait, vous l’aurez compris, c’est un néologisme composé du mot « ego », ainsi que du mot anglais « casting » qui signifie « diffusion ». L’egocasting se décline en deux temps :

  1. Consommation de contenus. À l’inverse du broadcasting, qui est le modus operandi des médias des masses où on diffuse de l’un vers tous, l’egocasting c’est la capacité pour un individu de consommer les contenus qu’il veut, lorsqu’il le veut, et quand il le veut. Cette appropriation du contrôle sur le contenu a commencé avec l’apparition de la télécommande qui a permis au téléspectateur d’effectuer des choix télévisuels sans être obligé de se lever de son fauteuil et de zapper les publicités. Le magnétoscope, et plus tard les enregistreurs numériques ont complété cet aspect. Au milieu des années 1970, le câble et le satellite ont permis l’émergence du narrowcasting (diffusion restreinte). Alors que le broadcasting n’offrait que quelques grandes chaînes nationales, le câble et le satellite ont engendré un foisonnement de chaînes spécialisées. Le téléspectateur est donc devenu sélectif face à ses choix télévisuels.
  2. Production de contenus. Au début des années 2000, l’arrivée du blogue a marqué une nouvelle ère dans le domaine des contenus. Le simple citoyen est passé du statut de consommateur de contenus à celui de producteur de contenus. Quelques années plus tard, des outils de production audio et vidéo de qualité, et de surcroît gratuits ont permis au premier quidam venu de produire lui-même ce qu’il voulait. Tout ce qu’il manquait, c’était une plateforme de diffusion pour ces mêmes contenus, besoin que les YouTube, Facebook, Flickr et Twitter de ce monde sont venus combler. Pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, n’importe qui disposant d’un ordinateur et d’une connexion Internet peut être à la fois un consommateur et un producteur de contenus.

Société d’adoration mutuelle

Dans cette production tous azimuts de contenus par tout un chacun est surgi un phénomène tout particulier avec des plateformes de réseautage social comme le blogue, Twitter et Facebook: la diffusion de soi pour obtenir la reconnaissance de soi. Ces outils sont de fantastiques machines de promotion de soi. Et les gens ne se gênent surtout pas pour les utiliser, et c’est très bien ainsi. C’est à qui fera le plus possible la promotion de lui-même afin de rejoindre un public de « suiveurs » et d’admirateurs. Seth Godin, quant à lui, appelle ça votre « tribu ». (Pour l’aspect tribu, consultez l’article suivant: Twitter, autoadulation et autopromotion)

Une fois que la tribu est constituée, se développe alors une société d’adoration mutuelle. Twitter, par exemple, est la quintessence de cette société. Les célèbres Follow Friday sont un moment privilégié pour dire quelles sont nos personnes préférées. Comme nous sommes tous des êtres grégaires, que nous avons tous un ego, nous aimons que quelqu’un mentionne notre nom, car nous aimons que notre ego soit flatté. Comme nous sommes polis, nous mentionnons à notre tour tous les gens qui nous ont mentionnés. Nous créons ainsi une société d’adoration mutuelle.

En fait, la société d’adoration mutuelle est constitutive de l’egocasting, L’une des finalités de l’egocasting étant de produire des contenus pour se faire reconnaître dans le but d’obtenir une satisfaction personnelle, elle oblige à une démarche d’adoration mutuelle. Personne ne nous adorera si on n’adore pas quelqu’un en retour. De cette façon, Facebook, aussi bien que Twitter, nous enferme dans un cercle de mutuelle adoration, et soudain, nous pensons que nous sommes appréciés par les autres. En réalité, nous ne sommes pas vraiment adorés par les autres au sens littéral du terme : les autres nous adorent pour que nous les adorions en retour. C’est un geste purement intéressé, et il n’est pas très différent de notre comportement dans la vie ordinaire de tous les jours. Intrinsèquement, nous recherchons tous la reconnaissance de soi. Facebook et Twitter sont tout simplement venus amplifier ce phénomène.

L’année dernière, mon ami Claude Forest (celui qui en a marre de donner des conférences avec un Tweetwall), à San Francisco, a vécu une expérience fort intéressante au sein d’une coopérative Web où il a pu observer le phénomène de l’adoration mutuelle. Les membres de la coopérative étaient tous des blogueurs qui avaient déjà l’habitude de s’adorer mutuellement. Je te fais un commentaire sur ton blogue, tu me fais un commentaire sur ton blogue, je te tweete, tu me tweetes, on se tweete, je te Facebooke, tu me Facebookes, on se Facebooke, on participe à des rencontres  5 à 7 dans la vraie vie, et on se dit à quel point on admire le travail de l’un et de l’autre. Pour couronner le tout, il y en a un ou une que l’on admire plus que tous les autres, car il ou elle a 10 ou 20 fois plus d’admirateurs que nous, et on se dit qu’en l’adorant nous attirerons des admirateurs pour nos propres fins d’admiration. En fait, la société d’adoration mutuelle a toujours besoin d’une personne qui est admirée plus que les autres, autrement, comment adorer des gens s’il n’y a pas minimalement une personne que des gens adorent ?

Dans cette surenchère d’adoration mutuelle, nous avons l’impression d’être aimés, mais c’est faux. Personne ne nous aime, et tout le monde nous aime en même temps. Par contre, nous sommes heureux d’être adorés et d’adorer. Voilà où est tout le paradoxe de la chose ! Le plus fou dans l’affaire, lorsque des admirateurs se parlent parfois de seuls à seuls, on se rend compte qu’ils font partie de la société d’adoration mutuelle pour de simples raisons opportunistes; ils n’hésitent pas à critiquer telle ou telle personne qu’ils adorent publiquement, mais qu’ils détestent personnellement. C’est de l’opportunisme à l’état pur sous le couvert de la grande ouverture et de la collaboration que prône le Web 2.0.

J’ai finalement pris une décision : ne plus adorer personne. Conséquemment, on ne m’adorera plus, bien que ce processus soit déjà bien amorcé depuis bien longtemps en ce qui me concerne, car j’ai toujours eu le sens de la provocation.

Au bout du compte, Twitter est peut-être la plus fantastique machine d’adoration mutuelle jamais inventée.

Paradoxalement, c’est aussi un fantastique outil de rejet mutuel. L’un ne va pas sans l’autre. Essayez le moindrement de faire de l’autopromotion, et soudain, vous ne serez plus apprécié, car on croira que vous n’adorez personne. Vous devez adorer pour que l’on vous adore. Vous êtes suspect si vous n’adorez pas ou si vous ne faites pas partie d’une société d’adoration mutuelle. Dans la société d’adoration mutuelle, on procède à un fantastique nivellement par le bas des idées, car celles qui émergent sont le fruit du consensus de l’adoration mutuelle.

Est-ce éthique ou non comme comportement de s’adorer mutuellement dans un but opportuniste ? Chose certaine, le phénomène est là pour rester et s’amplifier, car la Théorie des tendances nous dit que l’ego cherche à se manifester sous toutes les formes possibles, et que les médias sociaux sont un puissant vecteur de l’expression de l’ego. C’est l’egocasting !

Et si on me demande pourquoi je me prête au jeu de la société d’adoration mutuelle sur Twitter, c’est que j’ai aussi une société de haine mutuelle sur Twitter ! Dans mon cas, il est impossible que l’un aille sans l’autre ! Généralement, la société de haine mutuelle est plus efficace !

  1. 25 août 2011 à 06:04 | #1

    Superbe article très bien structuré, je viens de découvrir votre blog et je l’ai mis direct dans mes favoris, merci encore.

  2. 3 mars 2011 à 09:00 | #3

    Article très intéressant et vraiment bien détaillé. Je ne connaissais pas votre blog que je vais donc suivre attentivement

  3. 9 février 2010 à 10:30 | #4

    J’adore cette article, d’ailleurs j’adore aussi ce blog et bien son auteur, je me suis abonné à son twitter, j’espère beaucoup apprendre de lui et récupérer quelques-uns de ses abonnés (il en a tellement, mais comment fait-il ?)

  4. ZinWeb
    9 février 2010 à 05:36 | #5

    Bravo pour cet article et merci! je me suis permis de le partager sur Twitter et Facebook :)
    Mon paradoxe c’est que je ne cautionne pas ces outils parce que je trouve que ce sont des destructeurs de lien social, des faux-miroirs…mais que je les utilise pour aller chercher de l’information. Techniquement ce sont des formidables réseaux ou relais de réseaux, mais dans la majorité ils sont détournés et deviennent ce que tu expliques dans ton message.
    éh oui que veux-tu “all we need is love”!!! (love = reconnaissance, pouvoir, fierté, appartenance etc.)

  5. 7 février 2010 à 18:50 | #6

    Internaute enthousiaste des premiers temps du Net (qui se souvient encore de Mosaïc, des métamoteurs et des “gophers”?), déjà blogger/blogueur professionnel pour la bonne cause, humanitaire (sensibilisation à), j’ai cependant mis plus de dix ans, volontairement, avant d’avoir un blogue personnel – ça fait bouledogue mais c’est plus tendance que de dire un “web/log”. Un blogue où je m’aventurerais enfin à partager utilement quelques idées foncières, de préférence novatrices, sur la créativité et la communication, en ligne ou non. Car du bruit communicationnel il y en a déjà énormément, et trop de communication tue la communication

    Mais aujourd’hui je diablogue et Twitter m’a tout de suite semblé être une excellente chambre d’écho pour diffuser “urbi et orbi”, à la cantonade mais avec concision et précision, idées et concepts accrochés à leurs balises Hashtags.

    Donc, autant je me garde encore de l’invasif Facebook, restant très circonspect quant à son mésusage potentiel et à l’expansion de la médiocratie en ligne, autant le principe de Twitter me parait sélectif, utilitaire et potentiellement efficace, indépendamment de toute considération d’ego.

    Par exemple c’est un tweet et rien d’autre qu’un discret tweet, de @jeanluccr auquel je me suis abonné après qu’il avait fait la même démarche pour se signaler à moi, qui m’a donné l’opportunité de découvrir, et ce texte bien ficelé, et ce site intelligemment consacré à la Théorie des tendances.

    Le voilà maintenant référencé dans mes signets e-culture, car j’y reviendrai pour nourrir ma propre réflexion théorique sur les moments critiques, les structures dissipatives et les mutations irréversibles dans les flux socio-événementiels, par exemple les courants tendanciels autour des “initiatives de transition”. Certes, il y a là une part d’egocasting, mais surtout une grande curiosité intellectuelle de savoir si d’autres suivent les mêmes cheminements de la pensée nomade.

    En d’autres temps, il aurait fallu des concours de circonstances extraordinaires pour que s’opère sur le terrain une improbable conjonction événementielle entre la “mécanique des tendances” et la dynamique des flux média-systémiques. Le tweet aujourd’hui, ce peut être l’effet papillon de la connaissance et du débat d’idées: que m’importe de n’avoir que dix abonnés en deux jours si, sur les dix, sept au moins – comme c’est le cas – sont soit des décideurs politiques de premier plan, soit les experts qui les conseillent de par le monde, soit les penseurs qui les inspirent.
    Pour devenir tendances, les flux demandent de l’influence…
    Ce qui n’empêchera jamais Greg LeMond(e) de tweeter pour faire savoir à ses innombrables adorateurs qu’il a un furoncle à la fesse, à supposer que cela puisse changer celle du monde… J )

    • 8 février 2010 à 10:20 | #7

      Bonjour Jacky !

      Je suis tout à fait en accord avec vous lorsque vous dites: «Pour devenir tendances, les flux demandent de l’influence…». Twitter fait aussi partie, en dehors de sa dynamique de société d’adoration mutuelle, de ces merveilleux outils de diffusion de l’information, quelle soit médiocre ou non. Ces nouveaux outils sont en train de redessiner notre relation à autrui par technologies interposées: performance, maîtrise et vitesse sont devenus le maître mot pour vivre avec autrui, tout comme nos technologies !

  6. respiland
    7 février 2010 à 17:38 | #8

    Pour moi twitter n’est pas l’espace que vous décrivez. Du point de vue psychologie vous avez certainement produit une bonne analyse. Personnellement je considéré les réseaux sociaux plus comme un nouvel outil de communication au même titre que le téléphone ou une lettre, ce phénomène d’adoration mutuelle ou de haine mutuelle est vieux comme l’huamanité !
    Les réseaux sociaux sont un formidable nouvel outil de communication pas mâture certes mais nous n’en sommes qu’à la genèse du phénomène.
    Personnellement aujourd’hui j’ai un fantastique outil de veille pour mon métier, la possibilité d’agir en groupe ou en “person to person” de façon très efficace, en un mot je suis multiple à la fois tribu et solitaire.
    Plus loin je pressant que les tribus communautaires auront très vite une voix qui porte, les politiques ne s’y trompent d’ailleurs pas ils sont tous déjà la pour leurs campagnes. J’espère simplement que la démocratie y trouver son compte. Mais oui d’accord ! le veau d’or est toujours là.

    • 8 février 2010 à 10:22 | #9

      Bonjour Respiland,

      je ne dis pas que Twitter n’est pas un outil pertinent. Je vous invite à lire ce que j’ai répondu à Jacky Degueldre. Merci pour votre commentaire, car il apporte de l’eau à mon moulin à réflexions !

  7. 7 février 2010 à 16:37 | #10

    Magnifique texte.

    J’aurai aimé l’écrire.

  8. 6 février 2010 à 16:41 | #12

    Ça fait du bien en tout cas, de lire quelque chose d’intelligent et de bien écrit.
    Quant au fond, j’adhère à 100 % : Twitter, c’est la quintessence du rien, Facebook, c’est un abîme de vacuité et la blogosphère, un salmigondis de médiocrité.

    • 8 février 2010 à 11:30 | #13

      Par rapport à quoi ? Le médium est pire qu’un autre? Quel est votre exemple d’idéal?

    • 8 février 2010 à 11:36 | #14

      Bonjour Deef,

      effectivement, Twitter, Facebook et les blogues sont des vecteurs de médiocrité, tout comme l’a été la télévision généraliste, la radio privée et les journaux à potins à leur époque. Par contre, tous ces outils, anciens ou nouveaux, ont participé à la refonte des relations que nous entretenons avec autrui. L’un ne va jamais sans l’autre. Il y aura toujours de la médiocrité, c’est le propre de vivre au Médiocristan, et il y aura toujours de la qualité, peu importe ce que l’on fasse. La seule différence, c’est que les nouveaux outils comme Twitter, Facebook et les blogues ont tout simplement amplifié à la fois la médiocrité et la qualité !

  9. 6 février 2010 à 11:47 | #15

    mais twitter c’est plus fun que les autres reseaux sociaux. Deja la boite est toujours un peu une start up et puis il faut plus etre initie pour etre sur twitter. C’est un peu moins intuitif au niveau de l’interface, il faut plus etre initie et un peu plus geek. J’aime bien ce cote la!

  10. 6 février 2010 à 11:00 | #16

    La nature humaine reste la même, quelque soit le vecteur de transmission (ici Twitter). Votre texte, très intéressant, n’est pas sans m’évoquer les théories des psychologues behaviouristes sur le “principe de réciprocité”, ainsi, d’un autre côté, que le modèle simplifié de la Théorie des jeux à somme nulle (jeu à deux joueurs, avec le fameux “dilemme du prisonnier”, où le premier joueur c’est vous, et le second joueur c’est “les autres”) Tout le monde est content quand le “point d’équilibre de Nash” est atteint (théorie du minimax). Je me suis permis de mettre un lien chez moi sur votre blog. Vous ne m’en voulez pas j’espère :) Je repasserai vous lire volontiers. Bon courage pour vos recherches.

    • 8 février 2010 à 10:25 | #17

      Bonjour Nicolaï,

      je ne peux que vous remercier pour hyperlien ! D’autre part, Twitter est aussi un outil de communication qui redessine notre relation à autrui.

  11. 5 février 2010 à 16:18 | #18

    Bonjour Pierre,

    D’abord et avant tout, j’aimerais souligner positivement l’introduction du commentaire de M. Denis-François Gravel, soit:

    “Dilemme. Dois-je faire un commentaire? Est-ce que ça signifie que je feins de t’adorer pour que tu m’adores en retour et ainsi satisfaire mon égo?”

    Pour ma part, tout ceci revient nécessairement à la nature fondamentalement “égoïste” de l’être humain… en ce sens que la seule motivation susceptible d’amener un être humain à agir réside dans la perception de son propre avantage personnel, à plus ou moins longue échéance.

    Autrement dit, il est carrément impossible pour nous – êtres humains que nous sommes – d’agir autrement que de manière égoïste, si nous considérons que ce terme signifie la démarche motivée par la recherche de notre intérêt personnel.

    Et la beauté de ton billet, c’est qu’il démontre bien que ce précepte est applicable autant “hors ligne” que “en ligne”!

    À l’époque du défunt AxonPost, j’avais écrit un article explicite sur l’égoïsme – dans un cadre davantage psychologique, bien sûr. Pour ton bénéfice et celui de ton lectorat, voici un rappel de cet article – lequel est maintenant disponible via mon blogue:

    http://www.chantalbeaupre.com/2009/11/legoisme-nest-pas-un-sale-mot.html

    Cordialement,
    Chantal

  12. 5 février 2010 à 13:20 | #19

    Oui, à L’adoration mutuelle quand elle consacre le Génie .

    Non, à L’adoration Mutuelle quand elle consacre la médiocrité .

    On retrouve Fréquemment celà dans ces émissions de Télé où l’animateur et l’invité se connaissent ; L’animateur conscient que son invité à produit de la merde , mais s’oblige à faire semblant d’adorer la production, & lui fait de la Promotion quand même.

    Ps: Excellente la photo. 8)

  13. 5 février 2010 à 12:04 | #20

    Bonjour Pierre,

    Billet fort intéressant, qui va droit au but. Provocateur? Je dirais plutôt que tu ne fais qu’énoncer tout haut ce que j’espère, la majorité des gens ont compris sans nécessairement l’avoir formulé si explicitement. Pourquoi en est-il ainsi?

    Tout simplement parce que les nouvelles technologies ne modifient pas ce que nous sommes foncièrement en tant qu’humain. La technologie ne fait qu’amplifier certaines caractéristiques humaines qui font partie de nous depuis la nuit des temps.

    Est-ce que Facebook ou le chat sont responsables de plusieurs divorces? Bien sûr que non. Facebook a permis l’expression, l’accélération d’une situation préexistante.

    Au même titre, l’humain qui, de par sa nature aime/recherche à être reconnu, aimé, adoré trouvera au sein des réseaux sociaux des outils permettant de surmultiplier ce besoin et la satisfaction de celui-ci.

    Auparavant nous pouvions être reconnu au sein de notre milieu de travail, dans notre famille, à l’église. Nous avions accès à quoi? Une centaine de personnes?

    Nous avions les mêmes besoins d’amour et d’adoration mais notre champ d’action était limité. Twitter et les différentes technologies créent quoi? Un formidable effet de levier. Une surmultiplication de notre capacité à s’egocaster pour reprendre ton terme.

    Quoi faire?

    Simplement garder la tête froide, demeurer lucide et utiliser ces technologies en étant conscient des règles du jeu.

    Je suis donc tout à fait d’accord avec tes conclusions et je ne te dis pas ça par souci d’adoration…;) (ha ha)

    Salutations Pierre

  14. 5 février 2010 à 11:45 | #21

    Tout dépend de l’usage que l’on en fait !!!

    C’est bien vu, même si c’est un peu caricatural. La caricature se nourrit du réel, du vrai et souvent du pire.

    Quand on parvient à flatter l’intelligence, le sens critique, la curiosité, on sort, il me semble, de l’adoration mutuelle que tu pourfends.

    Mais que fais-tu de tes 5000 suiveurs et des poussières?

    • 5 février 2010 à 12:07 | #22

      En fait, mes suiveurs et moi-même sommes dans un processus à la fois d’admiration mutuelle et de haine mutuelle. Je joue sur les deux plans !

  15. 5 février 2010 à 11:45 | #23

    Je partage les commentaires de Nicolas.

    En complément de cet egocasting, ce “je te suis pour te stimuler à me suivre” est souvent une recherche de crédibilité par association tout simplement.

    En passant et grâce à Twitter, dis-moi qui tu suis, je dirai qui tu es! ;-)

  16. 5 février 2010 à 11:41 | #24

    Dilemme. Dois-je faire un commentaire? Est-ce que ça signifie que je feins de t’adorer pour que tu m’adores en retour et ainsi satisfaire mon égo?

    Question intéressante.

    Tant pis, je commente quand même.

    Je partage une bonne partie de ton opinion. Ceux qui m’observent constateront que je fais peu de #followfriday et que je commente ou fais suivre seulement lorsque je crois que c’est pertinent (Twitter, blogue, Facebook).

    Toutefois, je sens du dénigrement dans ton billet. Et ça m’agace un peu. J’aurais tendance à nuancer tes propos.

    De tout temps, l’homme a aidé son prochain et a reçu de l’aide en retour. C’est le propre de communauté.

    À l’époque, lorsqu’un fermier perdait sa maison dans un feu, les habitants du village organisaient une corvée et lui rebâtissaient une maison. À son tour, il aidait les autres lorsqu’ils étaient dans le besoin.

    À l’ère Internet, nous continuons à « donner un coup de main » à ceux de notre communauté. Ce coup de main est parfois intéressé, parfois non. Le phénomène que tu décris est présent, mais ce n’est pas toujours la motivation principale.

    Maintenant, quelle était ma RÉELLE motivation pour écrire ce commentaire?

    - Denis François Gravel

    • 5 février 2010 à 12:06 | #25

      En fait, Denis François, tu me connais pour savoir que j’aime provoquer ! Il n’y a pas de dénigrement, malgré ce que tu pourrais en penser, juste des observations. S’il fallait que j’écrive pour plaire à tout le monde je ne plairais finalement à personne. Je pense qu’il faut sortir de langue de bois et du foutu consensus où tout le monde il est beau et tout le monde il est gentil.

      Fondamentalement, je suis un essayiste. L’essayiste n’est pas là pour «flatter» les gens, mais pour les mettre face à leurs propres contradictions. Ce que je fais ! On peut aimer ou pas, c’est selon, mais ça ne laisse pas indifférent !

      Comme le dit si bien Georges Vignaux dans son commentaire: «Ce qui est intéressant ici ce n’est pas la nouveauté du processus mais la nouveauté de ce par quoi il transite : twitter ! »

  17. 5 février 2010 à 11:11 | #26

    Je suis d’accord avec tes propos. Ce que je trouve le plus désolant est l’admiration publique malhonnête. Si on n’admire pas quelqu’un, du moins, taisez-vous. Toutefois, il est honnête de respecter le parcours et la réputation de quelqu’un. Mais, le respect envers quelqu’un ne justifie pas nécessairement d’y faire une déclaration d’amour stratégique en ligne.

    Je ne crois pas par contre qu’il est nécessaire de produire du contenu négatif envers ceux qui nous déplaisent. C’est un peu contreproductif et le respect est une valeur que je crois toujours.

    Lorsque je recommande quelqu’un pour un “follow friday” sur Twitter, c’est réellement senti. Je trouve que cette personne mérite une plus large portée.

  18. 5 février 2010 à 10:52 | #27

    Assez dans le mille!

    Pour ajouter une petite analogie, le “Je te fais un commentaire sur ton blogue, tu me fais un commentaire sur ton blogue, je te tweete, tu me tweetes, on se tweete, je te Facebooke, tu me Facebookes, on se Facebooke, on participe à des rencontres 5 à 7 dans la vraie vie, et on se dit à quel point on admire le travail de l’un et de l’autre.”

    C’est comme le “je te paye un drink, tu m’en payes un pour pas avoir l’air cheap”.

    Personnellement, je ne suis pas un “tu me follow, je te follow”. Je crois en effet que Twitter est une très belle machine mais que tout est question de pertinence. Si je n’ai pas d’intérêt dans la lecture de ce que je retrouve comme interaction sur le résumé (les derniers tweets) de la page Twitter de l’utilisateur, je ne suis tout simplement pas. Il arrive parfois que je suive et que je me désabonne aussi.

    N’oublions pas que Twitter est encore très élitiste et que son adoption touche particulièrement les «power users».

    Pour ma part, j’essaie d’y aller avec parcimonie.

  19. VIGNAUX
    5 février 2010 à 10:11 | #28

    C’est un phénomène on ne peut plus naturel : en tout cas, tel qu’il est observé en éthologie dans les bandes (primates) ou les hordes (loups) ou encore les colonies (phoques, baleines, oiseaux marins). Il y a un aspect effectivement : reconnaissance de soi modulo les autres qui ont statut de miroir et un autre aspect : renforcement de légitimité du groupe ou de la rencontre au travers de parades. On ne peut exister sans les autres mais les autres sont à la fois réconfortants et fascinants ! Ce qui est intéressant ici ce n’est pas la nouveauté du processus mais la nouveauté de ce par quoi il transite : twitter ! Dans une époque de recomposition des structures sociales classiques et des statuts, twitter arrive pour reconstituer une opportunité de groupe social réconfortant !!! On se confirme comme ayant les mêmes intérêts – “on est donc pas fous ” – et échangeant en harmonie – on est “exemplaires” !!On ne risque pas d’être évalués par les autres puisque la règle commune est de ne pas le faire si on veut que “ça marche”. Je crois que l’egocasting est un phénomène très important dans les nouveaux réseaux sociaux !!! En plus dans twitter on peut faire converger les expressions vers un même thème, ce qui constitue garde fous ! et n’est pas le cas dans Facebook où on ne contrôle pas tout et où ça peut déraper ! Un aspect néopuritain dans twitter ?

  1. 7 février 2010 à 17:09 | #1
  2. 28 février 2010 à 05:00 | #2

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