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Twitter, la bête noire des conférenciers ?

Avez-vous assisté dernièrement à une conférence ou un séminaire quelconque ? Ce qui se passe maintenant dans ces endroits est absolument sidérant : la moitié des gens n’écoutent pas vraiment le conférencier, occupés qu’ils sont, avec leur ordinateur ou leur téléphone portable, à répondre à leurs courriels, à mentionner sur Twitter ou Facebook ce que le conférencier dit, sans compter que, de plus en plus, sur la scène, un écran affiche en temps réel le flux des tweets de tous ceux qui font des commentaires sur Twitter à propos de la conférence. C’est à qui sera le plus vu, et c’est à qui sortira le plus rapidement l’information.

C’est un véritable ballet de commentaires pour se mettre de l’avant, un genre de foire du «m’as-tu-vu». J’ai même lu le commentaire d’un participant sur l’écran qui, au su et au vu de 300 congressistes, mentionnait que le conférencier ne tenait pas assez compte du flux des tweets affichés à l’écran, et qu’il devrait mieux interagir en temps réel avec les commentaires des gens. Je vous le dis, c’est vraiment sidérant. Je pense qu’on nage ici en plein délire.

Le conférencier n’est plus maître de son discours, il est soumis au Flux. Il fut une époque, pas si lointaine, où les questions venaient après que le conférencier ait terminé de prononcer son discours, et là, les gens pouvaient, après avoir écouté les propos de ce dernier, synthétiser leur pensée et formuler des questions pertinentes. Maintenant, on ne s’en peut plus d’attendre : il faut communiquer, car le Flux veut de l’information, il carbure à celle-ci, et sans information, le moindre sujet tombe dans l’oubli. Le Flux est un tyran, car il vous oblige à transmettre en temps réel tout ce qui se dit ou se fait à propos de n’importe quoi. Le conférencier n’est plus en dehors du Flux, car il ne peut plus l’être puisque le Flux l’y oblige. Le conférencier devient partie intégrante du Flux malgré lui.

Et c’est à ce moment que mon ami Claude Forest, alors qu’il était invité comme conférencier, a décidé de rompre avec la tradition et de déclencher lui-même un cygne noir. Tout dernièrement, il a été invité à donner une conférence portant sur les cygnes noirs, et il s’est dit qu’il réserverait un cygne noir à tous ceux venus l’entendre. Il monte sur scène, se présente et remercie les gens d’être venus en si grand nombre. Sans avertissement, il se met à taper sur le clavier sans prononcer une seule parole. Plus de soixante secondes s’écoulent. Un léger murmure commence à courir dans l’assistance. « Que fait le conférencier ? » Un autre trente secondes s’écoule, et soudain, sur l’écran monté à sa gauche, commencent à s’afficher les derniers tweets qu’il a rédigé sur Twitter dans lesquels il souhaite la bienvenue aux gens, et où il indique de quoi il traitera. La rumeur s’intensifie dans la salle et il écrit sur Twitter « Qui veut ouvrir la discussion et échanger avec moi ? » Alors là, totalement médusé, il constate qu’un certain tweet mentionne que Claude Forest vient de révolutionner la conférence classique. Inévitablement, ce qui devait se produire se produisit : d’autres personnes assistant à la conférence firent écho à ce tweet en le relayant plus de 92 fois !

Croyez-le ou non, mon ami Claude qui pensait réserver un cygne noir à l’assistance, ce qui fut vraiment le cas, car la plupart les gens ont trouvé l’idée très intéressante, et presque tous n’ont pas utilisé leurs gadgets électroniques, a lui-même été soumis à un cygne noir, car quelqu’un a mentionné qu’il venait de révolutionner la formule de la conférence classique. Que faut-il déduire de cette autre expérience vécue par mon ami Claude ?

Google Translation

Twitter, the bete noire of speakers

Twitter, la bestia negra de los oradores?

  1. 18 février 2010 à 10:45 | #1

    Du point de vue du conférencier, tel un “tribun romain”, il observe la décadence d’un art en voyant ces “”barbares hirsutes” tweetés durant son discours.
    Pour le public, c’est l’avènement d’un monde nouveau de pouvoir prendre le contrôle du discours du tribun.

    L’institution change de l’intérieur , se vide de ces anciens attributs et se remplit de nouvelles fonctions.
    Le changement sera-t-il heureux? Le changement ne fait jamais que des heureux.

  2. Seb
    18 février 2010 à 08:36 | #2

    Il y a déjà des conférences par Internet (audio + slides, et bientôt vidéo), et c’est bien pratique, cela évite de se déplacer, de gaspiller de l’énergie (kérozene, etc.), et de polluer (CO2, etc.) ; et il y en a de plus en plus.

    Il est vrai que les gens ont du mal à “écouter”, à avoir une écoute attentive (à tout niveau, discussion, conférence, cours), mais ça a toujours existé, et c’est certainement dû au fonctionnement du cerveau…l’art du conférencier talentueux est d’arriver à recentrer constamment l’attention de l’auditoire sur ce qu’il dit.

    • 18 février 2010 à 09:38 | #3

      Le problème, c’est que, aujourd’hui, pour que le conférencier recentre l’attention de l’auditoire, il doit non seulement redoubler d’effort, mais compétitioner avec un TweetWall, Facebook, le courrier électronique, le iPhone, etc.

  3. 14 février 2010 à 20:28 | #4

    Et moi j’ajouterais qu’avant les ordis et Twitter , il se passait quoi?
    Dans la tête du public il y avait des moments , des souvenirs qui nous égarent , des fragments de réflexions fugaces que parfois on couchait sur un carnet de note. Avec Twitter , on ne met que tout ca à nu.
    Ce n’est pas parce que Twitter est arrivé avec sa Tyrannie du Flux que le public est devenu plus “dissipé”. La technologie n’est que le catalyseur, avec en plus sa facilité de partager -ou relayer, je vous l’accorde- C’est ca la nouveauté par rapport au passé.
    Le public n’est jamais attentif à 100% dans une conférence: il est captif à 100% seulement. Le numérique, lui, change la donne…

  4. jack
    31 janvier 2010 à 12:08 | #5

    Bonjour,

    c’est quand même très pénible d’avoir la réponse avant la question dans les commentaires ;-) A moins que ça ne soit une tentative d’élimination des cygnes noirs…

    cordialement

  5. 30 janvier 2010 à 08:50 | #6

    Intéressante problématique que l’utilisation de Twitter lors d’une conférence.

    Je pense que nous ne pourrons y apporter de réponse unique et que celle-ci doit prendre en compte la nature de la conférence. Obtenir l’avis du public est constructif, je pense par exemple aux prédictions de Deloitte, l’interaction enrichie la conférence. L’interaction demande toutefois une organisation et il est difficile pour un présentateur seul de se concentrer sur son discour tout en suivant Twitter. Cela le public doit aussi le comprendre. Mais on pourrait imaginer poser quelques règles simples à l’ouverture de la conférence pour expliquer comment le “backchannel” sera utilisé, en direct, en différé, rétroactivement, par le conférencier, par un assistant etc…

  6. 22 janvier 2010 à 11:04 | #7

    Pour répondre à vos questions, je dirais que tout se tient dans ce bout de phrase tiré de votre texte :

    “Il fut une époque, pas si lointaine,[...]”

    Les temps changent, évoluent ou se cassent la gueule.

    Il n’y a pas si lointain, la seule tribune qu’avait les conférenciers étaient une salle. Maintenant, ils ont la plus grande tribune qui soit. Ils peuvent se mettre en scène à tout instant et être l’écho du moment d’hier, d’aujourd’hui et de demain, car la technologie est là pour relayer, dans “les” temps, l’information et les propos.

    Le conférencier d’aujourd’hui, doit s’adapter à ce que vous nommez le flux, car tel est la migration exercer par le fameux “temps réel”. Mais le dernier lui appartient, au conférencier.

    Mais je vous l’accorde, aujourd’hui, les gens relaient au lieu de s’informer. Une partie de la population numérique n’est qu’une sorte d’antenne de liaison de l’information. Elle passe de mains à souris en des temps records et n’est pas goûtée, savourée pour ce qu’elle est. Non, elle est maintenant une chose, un item à partager, une sorte de monnaie d’échange sur laquelle on a bâti des réputations tout aussi éphémères…

    Et voilà mon monde, notre monde virtuel et bien présent.

    • 22 janvier 2010 à 11:06 | #8

      Oups, petite erreur dans mon commentaire.

      Il fallait lire “Mais le dernier MOT lui appartient, au conférencier.”

  7. y
    18 janvier 2010 à 16:29 | #9

    “C’est un véritable ballet de commentaires pour se mettre de l’avant, un genre de foire du «m’as-tu-vu».”

    ça veut dire tout bêtement que les gens préfèrent discuter plus qu’écouter, émettre et recevoir plutôt que recevoir seulement.

  8. 17 janvier 2010 à 13:39 | #11

    Avenue très intéressante ! Croyez-vous qu’un jour le conférencier sera seul chez-lui pour donner sa conférence via webcam ?

    • 17 janvier 2010 à 13:57 | #12

      Bonjour Alain,

      peut-être que de cette façon il ne serait pas perturbé par les gens qui assistent aux conférences !

    • 17 janvier 2010 à 14:10 | #13

      L’interaction restera toujours essentielle pour optimiser la communication. Mais probablement que la présence physique du conférencier est nécessaire. C’est peut-être la chimie qui crée l’intérêt. Reste à savoir si la webcam peut aussi transporter cette magie.

      Toutes les options sont maintenant envisageables, du moins, j’ose espérer…

  9. 17 janvier 2010 à 13:03 | #14

    Brillant, le riposte du conférencier!

    Mais selon moi ça va directement au problème (l’évidence silencieuse?) qu’un bon nombre de conférenciers sont des communicateurs médiocres…

    -d:)

  1. 3 février 2010 à 04:42 | #1
  2. 7 février 2010 à 17:09 | #2
  3. 12 mai 2010 à 03:04 | #3

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