Évidences silencieuses : elles peuvent chambouler votre vie
Dans la Théorie des tendances, je reviens souvent sur une notion, celle des évidences silencieuses. Plusieurs me demandent des éclaircissements à ce sujet. Je vais donc tenter de vous résumer la chose.

Prenons l’exemple de la dinde et de Thanksgiving. Pendant mille jours, le fermier prend bien soin de sa dinde, la nourrit et lui prodigue plein de délicates attentions. En se basant sur le passé, la dinde n’a strictement aucune raison de croire qu’elle servira de repas pour Thanksgiving. Soudain, le mille et unième jour est un cygne noir pour la dinde, car le couperet du boucher l’attend.
Où est l’évidence silencieuse dans cet exemple ? Nous, nous savons que les attentions que le fermier prodigue à la dinde ont un but : elle servira de repas pour Thanksgiving. De notre point de vue et de celui du fermier, ces attentions sont des évidences parlantes.
Par contre, du point de vue de la dinde, ces attentions ne sont pas des évidences parlantes annonçant ce qui lui arrivera, bien au contraire. Pour elle, ce sont des évidences silencieuses, mais dans le même temps, elle ne sait pas que ce sont des évidences silencieuses.
Voyez-vous où je veux en venir ? En fait, dans la vie, vous ne savez pas que vous ne savez pas, et ce domaine est celui des évidences silencieuses. Partout, tout autour de vous, se trament des centaines de milliers d’événements, souvent sans liens les uns avec les autres, qui aboutiront inexorablement à un événement qui aura un impact important, positif ou négatif, c’est-à-dire, un cygne noir.
En fait, les évidences silencieuses, c’est l’ensemble des évidences qui obstruent notre champ de cognition et qui nous empêchent par le fait même d’être en mesure de prévoir le futur. Les évidences silencieuses sont générées par l’accumulation de petits gestes anodins de désistement ou d’ajustement envers une tendance.
Donc, les évidences silencieuses qui sont à l’origine même de ce qui tire les tendances dans une direction ou l’autre nous sont « invisibles », et pourtant, elles sont là, sous notre nez, et nous ne les voyons pas. Conséquemment, elle nous voile le futur. Par contre, les évidences parlantes, ne nous en disent pas plus sur le futur, car elles sont directement dans notre champ de cognition, ce qui fausse notre perception du futur, car nous croyons que demain sera du aujourd’hui ou du hier. Autrement dit, nous avons tendance à penser que si un événement se produit deux fois qu’il se produira trois fois dans les mêmes conditions, alors que c’est faux.
En fait, il est impossible de prévoir le futur à partir des données du passé, mais le futur percole dans les évidences silencieuses. Quel joyeux dilemme !



Fascinante analyse qui mérite approfondissement car le résumé: “on ne sait pas ce que l’on ne sait pas” n’est pas, en finalité, très vendeur…
Mais par contre ” savoir décrypter pour en tirer profit” , ca, ca va cartonner!! C’est une promesse qui met la barre haute.
On va vous prendre pour un Prométhée nous donnant le pouvoir de décoder l’indicible tendance… (avec le châtiment des Dieux qui vient avec s’il y a déception)
On vous suit avec plaisir…
Bonjour Pierre et merci pour ce témoignage et cet ouverture.
J’ai écris sur mon blog, hier, un billet suite à divers événements personnels et “universels”.
Je vous en donne le lien, nous pourrons en parler?….
http://sourireunblogfr.unblog.fr/2010/01/18/le-pouvoir-de-dire-non
Bonne journée. Isabelle
Isabelle,
voilà ce que sont les évidences silencieuses qui forgent les tendances comme le rapporte si bien Raphaëlle RIDARCH sur ton blogue. Dans la Théorie des tendances que j’ai élaborée à partir des concepts de Georges Vignaux, j’ai formulé 8 hypothèses qui nous démontrent comment les tendances s’effritent et comment d’autres se construisent.
Par exemple, l’hypothèse # 5 stipule ceci:
Hypothèse # 5
Toutes les tendances s’effritent sur une plus ou moins longue période de temps en fonction du niveau d’impact que celles-ci ont sur les hypothèses que nous avons à propos du monde.
Condition # 1 : lorsque trop de gens adhèrent à une tendance, celle-ci finit par perdre de son charisme.
Condition # 2 : lorsqu’il y a trop peu de gens qui adhèrent à une tendance, celle-ci s’effondre rapidement.
Condition # 3 : il doit y avoir présence d’un élément irritant pour que la tendance s’effrite.
Condition # 4 : c’est par l’accumulation de petits gestes anodins de désistement et d’ajustement envers la tendance que celle-ci s’effrite.
Condition # 5 : certaines tendances naissent du durcissement des irritants d’une tendance en réaction au laxisme d’autres tendances envers ces mêmes irritants. En augmentant le niveau de l’irritant d’une tendance, on augmente d’autant sa rapidité à s’effriter.
Ce qui nous intéresse, ici, c’est la condition # 4. Tous les milliers et millions de petits gestes anodins qui convergent dans une même direction peuvent finir par faire fléchir une tendance déjà bien établie. Et lorsque que ça se produit, c’est un cygne noir, c’est-à-dire un événement imprévisible ayant un impact majeur, positif ou négatif.
Il y a toujours des évidence à certains évènements et peut-être nous sommes aveugles à ces signes , car nous ne voulons pas nécéssairement les voirs et après coup on se rencontre que tout les signes étaient présents . Les évidence silencieuses parlent plus que nous le croyons , il va falloir y porter une meilleure attention .
En fait, Ève-Catherine, avec mon éditeur, nous avons convenu que le prochain livre porterait uniquement sur le phénomène des évidences silencieuses qui sont génératrices de cygnes noirs.
Merci pour ton commentaire !