La légende du monsieur en veston cravate
* Ceci est un extrait de mon prochain livre intitulé «Tendances – Savoir les décrypter pour en tirer profit»
Dans le monde des médias, avant la folle période des grands conglomérats, il y avait un peu partout dans toutes les régions du Canada et des États-Unis de petits journaux indépendants qui arrivaient à tirer leur épingle du jeu. Ces journaux avaient une culture identitaire intimement liée au milieu.
Un jour, un monsieur en veston cravate est débarqué, a racheté un journal régional, et a rassuré toute la population en disant que le journal conserverait son identité propre, même s’il était dirigé depuis la métropole.
Quelques années plus tard, le même monsieur en veston cravate, ou l’un de ses semblables, est revenu pour dire que la société mère éprouvait des problèmes financiers, et que des postes seraient coupés au journal, assainissement des finances oblige, ce qui souleva l’ire de la population. Bon prince, le monsieur en veston cravate rassura de nouveau la population en disant que, malgré une réduction du personnel, grâce aux nouvelles technologies, le journal ne connaîtrait absolument aucune baisse de qualité, tant au niveau du contenu que de la couverture des événements régionaux. « Nous ferons plus avec moins et de meilleure qualité qu’auparavant ! » dit-il sur un ton convaincu aux élus municipaux qui ont l’habitude des messieurs en veston cravate.
Quelques années plus tard, un nouveau monsieur en veston cravate, dont la tache est de faire le sale boulot des gros messieurs en veston cravate, vient rencontrer la population pour dire que le journal régional sera entièrement réalisé depuis la métropole afin de diminuer les coûts de production, car Internet porte un dur coup à toute l’industrie des médias, et que les revenus de la publicité ont baissé de 30 %. Les élus municipaux, habitués aux messieurs en veston cravate, se rebiffent et ne l’entendent plus de la même oreille, mais ils n’ont pas le choix et baissent les bras.
Quelques années plus tard, les élus municipaux, toujours habitués aux messieurs en veston cravate, et de plus en plus méfiants envers les messieurs en veston cravate, apprennent dans les médias que les journalistes du journal régional seront bientôt remerciés de leurs services, et que celui-ci fermera ses portes d’ici la fin de l’année.
Il y a une chose qu’il ne faut jamais oublier : le monsieur en veston cravate utilise le logiciel Excel, et grâce à celui-ci il peut, à partir des données du passés dont il dispose, vous dire ce qui se passera dans le futur.
Morale de l’histoire ?
Le veston cravate et la feuille Excel sont une dangereuse combinaison. Méfiez-vous à la fois des messieurs en veston cravate et des astrologues de l’économie et de la finance qui lisent dans la boule de cristal de leur feuille Excel. Autrement dit, l’astrologue en veston cravate est plus dangereux que madame Irma avec sa boule de cristal, car on prend très au sérieux les conseils de l’astrologue en veston cravate, mais pas ceux de madame Irma…



Les monsieurs en veston cravate ont eu beau jeu. Ils n’ont eu qu’à se pencher pour ramasser plein de canards boiteux ou offrir un peu plus à un propriétaire vieillissant en s’engageant à garder son fils à la direction. C’est pour faire marcher leurs imprimeries que les deux conglomérats possédant le plus de journaux régionaux au Québec, Quebecor et Transcontinental, ont fait leur razzia.
De toute façon, le papier ne peut pas supporter à long terme la transmission de potins et de convocations au prochain conseil municipal. On ne peut continuer à couper des arbres pour un tel emploi. C’est peut-être sacrilège au Québec parce que ça veut dire faire mourir plein de villages un peu partout. Pas nécessairement.
Ce n’est pas parce qu’on ne fait plus de journaux qu’on n’aura plus besoin de papier quant à moi. Et ça ne veut pas dire non plus la mort du journalisme. Je pense au contraire que la présence du web a des chances de faire naître 100 Henri Bourassa cent ans plus tard. En cela, je fais partie de ceux qui croient que la fonction crée l’organe.
C’est un bon texte même si j’en aurais coupé au moins un paragraphe parce qu’on avait compris. Juste un point de vue d’éditeur
.