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12 janvier 2010 / Pierre Fraser

Bloc-notes sur la Théorie des tendances

Accommodements raisonnables, ou quand le Québec déraille

11 février 2010

Mon collègue et ami Georges Vignaux, tout français qu’il est, me disait dernièrement que le modèle québécois  d’accommodements raisonnables est un piège dont nous risquons de ne pas savoir nous dépêtrer. Et il a tout à fait raison.

La dernière trouvaille du Ministère de l’éducation du Québec est un nec plus ultra en matière d’accommodements: on a modifié la loi sur l’éducation par décret afin d’autoriser l’enseignement durant les week-end dans les écoles privées juives.  Je ne  suis pas du tout antisémite, mais ici, on vient de créer deux dangereux précédents:

  1. Il y a quelques années nous avons déconfessionnalisé les écoles, et soudainement, par un décret passé en catimini, on ouvre la porte à l’enseignement religieux dans la sphère publique.
  2. Nous permettons à des minorités d’aller à l’encontre des désirs de la majorité.

Personnellement, je considère que le Québec est en train de mettre en place un système à deux vitesses: un pour la majorité, et un pour les minorités. Conséquemment, si on le fait pour une minorité, toutes les autres minorités voudront la même chose sous peu, et un jour, sans qu’on s’en rende compte, on abrogera la loi sur la laïcisation des écoles, car la majorité sera le comportement des minorités. Impossible me dites-vous ? J’ai appris à être un peu paranoïaque avec les évidences silencieuses…

Mes amis européens ont tout à fait raison de s’inquiéter, et je persiste à croire que la «société du consensus» à la québécoise est un modèle sans avenir. Nous sommes des gens frileux qui avons peur de déplaire, et nous aimons par dessus tout faire plaisir à tous les groupuscules pour acheter la paix. Le modèle américain n’a rien à voir avec le multiculturalisme canadien, et pourtant, ça fonctionne…

Cette décision du Ministère de l’éducation va générer des évidences silencieuses. La Théorie des tendances nous dit que ce sont les irritants d’une tendance qui génèrent des évidences silencieuses. Personne ne sait quel cygne noir se manifestera lorsque toutes ces évidences silencieuses auront fini de percoler. Chose certaine, il risque soit de remettre les pendules à l’heure ou de nous engager sur une nouvelle tendance.

Deux idées et vous êtes fini !

9 février 2010

En 1920, Paul Valéry rencontra Einstein et ils eurent une brève conversation.

Paul Valéry : « Avez-vous en permanence un carnet de notes sur vous ? ».

Albert Einstein : « Pourquoi ? »

Paul Valéry : « Pour écrire vos idées ! »

Albert Einstein : « Ce n’est pas nécessaire, je n’ai qu’une seule idée… »

Morale de l’histoire ? Pour réussir, vous devez avoir une seule idée – deux idées et vous êtes fini !

Personnellement, je n’ai qu’un seul projet, une seule grande idée : la mécanique des tendances. Ma démarche traverse plusieurs disciplines – sociologie, informatique, linguistique, psychologie, économie, politique, écologie, théologie – et j’alterne de l’une à l’autre en fonction d’une seule et grande question épistémologique : pourquoi les évidences silencieuses sont-elles à l’origine des tendances ?

Suis-je vraiment un anti-environnementaliste ?

Souvent, on m’accuse de m’en prendre aux écologistes et aux environnementalistes, mais ceux qui pensent ça ont tout faux. En fait, j’en ai contre cette notion de «combat contre le réchauffement climatique». Ça me tarabuste non pas parce que c’est vert ou verdâtre ou je ne sais trop quelle couleur, mais bel et bien parce que c’est aussi dangereux que le Principe de précaution. Ouf… Là ils vont vraiment me détester les verts…

Du point de vue de la Théorie des tendances, appliquer des mesures de contrôle pour diminuer les impacts d’un produit ou d’une démarche, sans savoir si les impacts sont avérés ou non, correspond à mettre une bombe dans les mains d’un terroriste. Pourquoi ? Parce que lorsqu’on met en place des mesures de contrôle,  on se coupe du fait même de mettre en place des mesures adaptatives. Le Principe de précaution n’a pas pour but de s’adapter aux situations, mais de les contrôler, et il est fondamentalement impensable de tout vouloir contrôler, alors qu’il est tout à fait pensable de s’adapter à toutes les situations.

Si on poursuit dans notre démarche de vouloir combattre le réchauffement climatique, tout ce que l’on fait sera éventuellement d’empirer le problème, car nous connaissons trop peu la dynamique du climat pour prétendre vouloir le «réparer». Par contre, si on s’adapte au réchauffement climatique, on risque tout simplement d’imaginer de nouvelles solutions, non pas pour réparer les dégâts, mais pour s’adapter et en tirer le meilleur parti.

Eh oui, je ne suis pas un vert, je suis un Super Vert, mais je n’adhère à aucun système de valeurs comme l’écologisme. J’adhère tout simplement au fait de ne pas jouer à l’apprenti sorcier. Je le répète, le Principe de précaution est une arme dangereuse.

Je suis un adaptiste, et  j’adhère à l’adaptisme !

À quoi carbure le néopuritain ?

1e février 2010

René Duringer, le spécialiste de l’analyse des tendances, a eu cette réflexion fort intéressante sur sa page Facebook:

« Pour mettre du futur dans un buffet déjeunatoire pour des trentenaires… il faut de la nourriture moléculaire, du cosmopolite, des mini hamburgers, de l’asie, des alicaments, du bio, de la bouffe green, des plats internationaux, des plats iconoclastes, de la créativité, des plats venant de la mer, de la nourriture à manger avec les doigts, des plats jouant sur un maximum de saveurs, de la nourriture multicolore ? »

Alors, si vous vous reconnaissez dans ces comportements, vous êtes un néopuritain !

Moyen-Âge, modernité et Internet

30 janvier 2010

Mon ami et collègue, le chercheur Georges Vignaux, a eu un commentaire intéressant à propos du Moyen-Âge:

«Le Moyen-Âge correspond à une longue période de plusieurs siècles marquée aussi bien par des retours au savoir (les textes grecs réapparaissent en Europe) que par des régressions barbares. C’est surtout une période où le religieux est indissociable du « surnaturel » sous la forme des miracles : on cherche des « signes » et on les atteste comme « présences » magiques. Il y a des retours à cela aujourd’hui comme stratégies de compensation : la science est trop complexe ; nos semblables cherchent des explications immédiates, holistiques ou ont de grandes peurs…»

Je commence  à penser qu’Internet permet la diffusion massive des pires bêtises, et qu’il est sur le point de faire entrer plusieurs personnes dans un nouveau Moyen-Âge moderne. Tous les sites conspirationnistes, nouvel-âgistes, ou de biologie totale sont un peu là pour nous en faire la démonstration.

Les systèmes de valeurs qui se mettent en place, comme l’écologisme, apportent des réponses et des solutions. Et pour l’être humain, il est préférable d’avoir des réponses que des absences de réponses. C’est peut-être pour ça que l’athéisme a si peu de succès…

Googlification – Processus de dématérialisation et d’abondance pour tous

26 janvier 2010

Mon article intitulé «Googlification de la société» a suscité bien des commentaires. En fait, Google a mis en place une philosophie économique basée sur l’abondance. Lors du sommet de Davos, alors que Al Gore et consorts parlaient de restrictions, de surtaxes et de punitions, dans une autre conférence, Sergey Brin et Larry Page de Google parlaient d’abondance énergétique avec les investissements qu’ils ont fait dans le secteur de l’énergie. Quelle opposition des discours en ces temps où les prêcheurs de catastrophes nous promettent l’Apocalypse. N’oubliez pas que Yan-Arthus Bertrand dit, dans son film Home, qu’il reste dix ans à l’humanité… Fait croire que le syndrome de la feuille Excel qui permet de faire des projections affecte plusieurs personnes !

Google a réussi à mettre en place un modèle économique libéré des atomes où l’intangible, les 0 et les 1, refaçonne la façon dont nous voyons le monde. Le problème, c’est que nous connaissons encore mal le monde de l’intangible et des implications qu’il peut avoir. Serons-nous confrontés à plus de cygnes noirs dans une économie à la Google ?

Leçon d’humilité pour Pierre Fraser

21 janvier 2010

Lorsque j’ai pris la décision d’ouvrir un Comité de lecture public pour mon prochain livre intitulé «Tendances – Savoir les décrypter pour en tirer profit», je dois humblement vous avouer que je ne m’attendais pas à ce qui m’arrive présentement, à savoir, une leçon d’humilité.

Je pense que ça prend une certaine dose de courage pour faire une telle ouverture publique, habitués que les auteurs sont aux salons feutrés des comités de lecture privés des maisons d’édition où tout est contrôlé. Par contre, lorsque le Comité de lecture devient public, la dynamique est tout à fait différente, et je me rends compte que l’opinion des autres prend une toute autre dimension, car dans cette démarche, on ne vous épargne pas, et c’est très bien comme ça, du moins, je le pense.

Jusqu’à date, je dirais que 80 % des réflexions sont pertinentes, et je m’attendais à beaucoup moins. En fait, il y a comme un préjugé défavorable envers la notion de «public», et je vais devoir reviser mes positions sur la chose. Par contre, le plus intéressant dans toute l’affaire, c’est que ça m’oblige à un exercice de modestie, et je pense que c’est tout à fait salutaire.

De plus, l’exercice que je mène présentement avec ce Comité de lecture public, aurait été impensable il y a encore quelques années, et je pense que les médias sociaux sont des catalyseurs pour ce genre de démarche.

Alors, chers amis auteurs, tentez l’aventure, et vous serez surpris de constater que vous pouvez en apprendre beaucoup sur vous-même !

Montaigne et les théories

18 janvier 210

Oui,  je l’avoue, je suis un fan fini de Montaigne depuis trente cinq ans déjà. À chaque fois que je relis quelque passage que ce soit, j’ai toujours l’étrange impression que ce type savait vraiment de quoi il parlait.  « Personne n’est exempt de dire des fadaises, le malheur est de les dire curieusement » écrivait-il il y a de cela 400 ans. Avez-vous remarqué que plusieurs de nos politiciens, économistes et tous les prêcheurs  de catastrophes ont le malheur de dire des choses curisuement ?

Montaigne étalait avec une inépuisable ingéniosité ce qu’est penser sans théorie, c’est-à-dire penser en prise directe sur le réel et sur l’humain.   Montaigne,  ne s’est à aucun moment démodé depuis  quatre siècles. On l’a lu et relu, et encore lu et relu.

Montaigne n’est d’aucune école, et si on a l’impression que rien n’arrive à le convaincre,  c’est qu’à son époque, au XVIe siècle, rien n’était convaincant.  Montaigne racontait l’homme sans idée préconçue: «Je ne peins pas l’être je peins le passage. Je n’enseigne point je raconte. Distinguo est le plus uniuersel membre de ma logique

Montaigne et ceux qui prévoient le futur

14 janvier 2010

Montaigne [1] disait ceci à leur sujet :

«J’en voy qui estudient et glosent leurs Almanacs, et nous en alleguent l’authorité aux choses qui se passent. A tant dire, il faut qu’ils dient et la verité et le mensonge. [...] Je ne les estime de rien mieux, pour les voir tomber en quelque rencontre. Ce seroit plus de certitude s’il y avoit regle et verité à mentir tousjours. Joint que personne ne tient registre de leurs mescontes, d’autant qu’ils sont ordinaires et infinis : et fait-on valoir leurs divinations de ce qu’elles sont rares, incroiables, et prodigieuses.»

La seule différence entre 1580 et 2010, c’est que, aujourd’hui, ceux qui prévoient le futur utilisent une feuille Excel pour faire de belles projections en 3D.


[1] Montaigne Michel (de), Essais – Livre 1 – Des Prognostications, 12 juin 1580.

La gratuité selon Google

13 janvier 2010

Le modèle d’affaire de Google est essentiellement basé sur la gratuité, et la gratuité est très payante pour Google. Cette gratuité se décline en deux temps :

  1. Google vous offre gratuitement tout ce qu’elle conçoit comme logiciels, ou bien elle vous refile gratuitement tous les logiciels des entreprises qu’elle rachète.
  2. Elle utilise gratuitement tous les contenus disponibles sur le Web pour faire de l’argent sans vous verser un seul centime.

Le plus fou dans l’affaire, c’est que nous avons tous le grand sourire accroché aux lèvres dans le fait de participer gratuitement à enrichir Google en faisant des hyperliens tout partout, et en produisant de plus en plus de contenus.

Les gourous du Web ont un nom pour ça: la collaboration, l’ouverture et l’économie de liens. J’ai dû louper quelque chose dans l’affaire. Sans vos hyperliens, Google est-elle une coquille vide ?

Les propulseurs de Thierry Crouzet

12 janvier 2010

Thierry Crouzet a développé une idée intéressante, celle des Propulseurs. Voici ce qu’il en dit:

PROPULSEUR: Qui transmet le mouvement. (1846) Engin de propulsion assurant le déplacement d’un bateau, d’un avion, d’un engin spatial. Par extension : celui qui crée le flux d’information, le met en mouvement, le filtre, le redirige, l’enrichit, le fusionne à d’autres flux… Exemples : commentateur, écrivain, journaliste, éditeur, blogueur, microblogueur, artiste, philosophe, scientifique, sociaunaute… tous ceux qui ont quelque chose à dire ou à partager, une grande idée comme un sourire. […] Nous ne pouvons devenir des propulseurs que si nous sommes des nomades.

En fait, je pense que, sans même les médias sociaux, nous sommes déjà des propulseurs. Avant Internet, la préhistoire pour certains, les propulseurs existaient déjà. La différence aujourd’hui, c’est que l’on propulse n’importe quoi, n’importe quand et n’importe comment (egocasting). Nous nous sommes dotés d’outils gratuits de diffusion et de production et nous nous les sommes appropriés. Comme jamais auparavant depuis les débuts de l’humanité nous avons la possibilité de nous exprimer sans contrainte, sans filtre et sans censure. Et le résultat de tout ça ? Nous ne le savons tout simplement pas pour le moment !

Thierry Crouzet devrait élaborer en profondeur sur cette notion de propulseur.

Définition

Egocasting: La possibilité de consommer les contenus que l’on veut, tout comme de produire et de diffuser les contenus que l’on veut. Finalité de l’egocasting: exprimer et caresser son ego dans le but d’obtenir la reconnaissance de soi.

Collaboration scientifique

4 janvier 2010

Le scientifique Georges Vignaux m’a proposé de coécrire des articles portant sur l’impact des nouvelles technologies. Je dois avouer que j’ai accepté d’emblée, surtout que monsieur Vignaux fut directeur de mon mémoire de maîtrise portant sur les phénomènes d’émergence dynamique au niveau des hypothèses que nous avons à propos du monde.

Mais Georges Vignaux est aussi l’un de mes héros, tout comme le sont pour moi Montaigne, Voltaire, Francis Bacon, Hume et Nassim Taleb. On a les héros que l’on veut bien, mais je dois avouer que ce sont ces gens qui m’ont vraiment formé à la rigueur intellectuelle et à l’empirisme.

Surtout, et ce qui est le plus intéressant dans toute l’histoire, c’est que cette collaboration me permettra de peaufiner la « Théorie des tendances » que j’ai développée au cours des cinq dernières années et qui sera publié en avril 2010. D’une façon ou d’une autre, collaborer avec Georges Vignaux est toujours une aventure qui vous mène au-delà de ce que vous pourriez même imaginer comme défi intellectuel. Georges Vignaux fait partie de ces scientifiques, philosophes et essayistes qui ont une vision pragmatique du monde, et qui fondent leurs observations sur l’empirisme. Ce qui est peu dire aujourd’hui !

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