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Everyware – Support de la conscience numérique

Tout comme l’électricité est partout (everywhere) et profondément incrustée dans tous les aspects de notre quotidien sans que nous en prenions conscience, autant Internet deviendra lui aussi « everyware », c’est-à-dire partout (every) avec des périphériques et des logiciels (ware).

Google a déjà compris ce concept « everyware » inventé par Adam Greenfield [1] où Internet devient aussi omniprésent que l’électricité. La migration des puces depuis les ordinateurs vers d’autres incarnations technologiques autorise cette démultiplication et le déploiement du réseau des réseaux afin de nous connecter au Flux. Dans cette Terra Nova, Google cherche à prendre position avec son système d’exploitation Androïd qui équipe les téléphones portables. À l’automne 2009, Google et Verizon, le plus important transporteur de téléphonie cellulaire aux États-Unis, signait une entente qui allait placer Androïd au cœur même de la stratégie des deux entreprises. Le seul fait que Verizon accepte une telle entente est significatif : Verizon retourne au rôle qu’elle aurait dû toujours avoir, transporter un signal. C’est donc un revirement majeur et d’importance qui annonce un changement corporatif d’une grande ampleur dans le monde de la téléphonie sans fil, surtout que Verizon a accepté que l’application Google Voice soit disponible sur les téléphones portables, application qui permet à l’utilisateur de ne plus utiliser le réseau du transporteur pour faire des téléconférences et pour passer des appels à l’international à des coûts très bas, sans compter l’utilisation du courrier électronique vocal.

Dans ce monde en pleine mutation, où Internet s’immisce dans les moindres recoins de notre vie par le truchement de capteurs invisibles, caméras de surveillance, puces RFID, téléphones portables, lecteurs de livres électroniques, réfrigérateurs, GPS embarqués dans les voitures, surfaces intelligentes qu’utilisent les animateurs de télé dans les émissions d’informations, téléphones satellitaires, tables de restaurants, le Flux prend de l’ampleur et transporte de plus en plus d’informations.

L’intégration de l’everyware

La société américaine Intel, celle-là même qui équipe votre ordinateur de ses microprocesseurs a développé un système de balises RFID pour aider les gens qui s’occupent des personnes âgées affectées par des troubles de la mémoire à les suivre à la trace. Des puces RFID sont placées sur des objets d’utilisation quotidienne comme la brosse à dents, les flacons de médicaments, le grille-pain, les chaussures, les vêtements, le mécanisme d’ouverture du four micro-ondes, etc. Les signaux de ces puces sont par la suite récupérés par un ordinateur à partir duquel il est possible de savoir si la personne a pris ses médicaments, a mangé et où elle se retrouve. Ces informations peuvent même être transmises sur Internet vers le téléphone portable d’un membre de la famille.

Cette même équipe de chercheurs planche aussi sur le développement d’un écran placé à côté d’un téléphone dont la fonction est de représenter le cercle social immédiat de la personne. On pense que la vue de ses amis et enfants encouragera celle-ci à maintenir un certain niveau d’activité sociale.

Imaginez un instant que vous vous retrouvez en voyage dans un autre pays, et que de petites puces aient été disséminées un peu partout dans le secteur historique d’une ville, et que votre téléphone portable vous signale tel ou tel endroits ainsi que son historique. En Angleterre, certaines municipalités ont même équipé de puces les poubelles pour contrôler le recyclage afin de réduire le volume d’ordures ménagères. Lors du ramassage, le numéro de série est lu par le camion, la poubelle pesée, et le tout engrangé dans les bases de données de la municipalité. Le panier d’épicerie est lui aussi en passe de devenir un élément branché au Flux, sans compter l’utilisation que vous faites des transports en commun, de votre automobile, de votre fréquentation des restaurants ou des boîtes de nuit comme des salles de spectacles. Insidieusement, sans que vous vous en rendiez compte, le Flux deviendra omniprésent, tout comme l’électricité. Graduellement, sans tambour ni trompette, les puces envahiront notre quotidien à tous les niveaux. Nous sommes en train d’entrer dans un univers où le Flux deviendra une commodité indispensable à la poursuite de nos affaires quotidiennes. Ce n’est pas de la science-fiction, ni une vision orwélienne de ce qui nous attend.

Le Flux et l’everyware

En réalité, nous ne voulons pas moins d’Internet, nous en voulons toujours plus, et comme la nature a horreur du vide, les entreprises sont là pour répondre à nos besoins. Eh oui, collectivement, nous en voulons toujours plus, car nous nous jetons comme des vautours affamés sur tous les nouveaux gadgets électroniques que nous proposent les industriels. Au nom du progrès, discours renforcé par celui du numérique, nous exigeons que nos vies soient de plus en plus facilitées, connectées et branchées. Nous cherchons par tous les moyens possibles à entrer en interaction avec le Flux pour être en contact avec nos pairs et se sentir partie prenante du grand rythme collectif dicté par le Flux. Nous ne voulons plus être déconnectés : nous voulons non seulement être connectés, mais nous voulons surtout être en phase avec le Flux, ce qui est une nuance sémantique importante. Être connecté exige un branchement au Flux, mais nous voulons dépasser ce stade : nous voulons qu’il soit une partie essentielle de notre vie.

Nous cherchons à tout prix l’individuation tout en voulant rester connectés à notre collectivité ou à nos collectivités, car le Flux nous permet aussi d’appartenir à de multiples collectivités en phase avec nos attentes et nos besoins. La collectivité immédiate à laquelle les médias de masse nous ont habituée connaît présentement une déstructuration progressive. Nous ne voulons plus nous abreuver à un seul média qui fait autorité, mais à une multitude de médias. Nous sommes en train de reconstruire notre identité collective à travers l’everyware et de faire de l’egocasting de façon bidirectionnelle.

L’everyware devient progressivement le support du Flux. Le Flux n’est plus confiné à votre ordinateur. Il migre vers tous ces périphériques qui s’installent graduellement dans notre quotidien sans que nous ne nous en rendions vraiment compte. La finalité de l’everyware c’est de nous faire baigner dans un environnement collectif interactif, en somme, dans une réalité sociale augmentée.

Concrètement, l’everyware n’est pas un nouvel Internet, mais il offre de nouveaux supports à Internet pour se développer. Comme nous l’avons vu, cet everyware n’est pas vraiment différent de votre ordinateur connecté à Internet. Ce ne sont que des périphériques qui viennent s’inscrire dans le quotidien et qui possèdent la capacité de se relier à Internet. Avec tous ces nouveaux périphériques de l’everyware, personne ne sait encore vraiment ce qu’ils seront d’ici cinq ou dix ans. Déjà, les téléphones portables nous ont ouvert une nouvelle dynamique d’interaction : nous ne sommes plus enchaînés à notre clavier devant un écran d’ordinateur, et nous nous sommes rapidement approprié ce nouvel outil. Le téléphone portable, que l’on nomme téléphone par pure convention, n’a plus rien à voir avec son ancêtre le téléphone, car il est devenu un vecteur d’interaction puissant avec le Flux et autrui. Il est presque omniscient, puisqu’il combine une multitude de fonctions qui n’ont strictement rien à voir avec la téléphonie, et c’est là où l’émergence dynamique « interaction » se concrétise à partir d’une infrastructure technologique complexe et imposante.


[1] Greenfield Adam, Everyware : The dawning age of ubiquitous computing, New Riders, 2007.

  1. Mike Donovan
    13 janvier 2010 à 16:26 | #1

    L’approche de Fraser est intéressante. En fait, je pense qu’il a tout à fait raison lorsqu’il dit que, de plus en plus, Internet se désincarne de l’ordinateur pour se retrouver dans une multitude de périphériques et que cela a pour effet de redessiner nos territoires sociaux.

    Bien vu !

  2. W*
    11 janvier 2010 à 13:36 | #2

    Dans une logique d’équilibre et de mouvements contradictictoires: Quelle vraisemblance pour l’existence possible d’une tendance “Noware” ?(similaire au -plus ou moins fantasmatique- “retour à la nature” face à l’urbanisation) et quelle pourrait être en cas sa possible réaction, alternative, adaptation, existence, subsistance et visibilité (concrète) face au flux et dans le flux ?

  1. Pas encore de rétroliens.

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