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Êtes-vous un néopuritain ? Nouvelle tendance de fond par technologies interposées

La Théorie des Tendances a pour but d’expliquer comment les tendances prennent forme, car comprendre cette mécanique nous permet dans une certaine mesure d’anticiper ce qui peut nous affecter, positivement ou négativement. Surtout, la Théorie des tendances ne dit pas si une tendance est négative ou positive; elle fait un état des lieux, tout simplement.

Définitions

Néopuritanisme : valeur sociale basée sur la performance, le zéro défaut, le juste à temps et la tolérance zéro.

Néopuritain : tout individu qui se réclame du néopuritanisme.

Only Me: capacité pour une personne de s’exprimer et agir sans contrainte, sans filtre ni censure dans le monde virtuel tout en érigeant des barrières et des mesures de contrôle dans le monde réel pour protéger son intégrité physique et psychologique. Également, recherche de la reconnaissance de soi par le truchement des médias sociaux.

Contexte du néopuritanisme

Vous ne connaissez pas les néopuritains ? Remettons les choses en perspective. Un puritain est une personne qui respecte scrupuleusement certains principes moraux qui visent à bannir l’obscénité, la luxure et la jouissance des biens matériels. Le puritanisme c’est aussi une exigence de perfection et une certaine arrogance de la pureté, et son vecteur de propagation c’est la peur. À l’époque où le puritanisme prit forme en Angleterre à la fin du XVIIe siècle, l’argument massue pour convaincre les gens d’adhérer à des valeurs morales fondées sur la pureté était la promesse d’une vie éternelle en enfer. On comprendra que pour les gens de cette époque, un tel avenir n’avait strictement rien pour inciter à enfreindre le code moral qui se mettait en place.

Aujourd’hui, le discours qui s’est installé est celui que tout va de plus en plus mal. Il faut donc s’appliquer à respecter certaines règles de base pour assainir nos comportements collectifs qui ont pour effet de tout mettre sens dessus dessous, tant pour notre santé que l’environnement.

Discours de la performance

Observez bien les discours mis en place depuis une vingtaine d’années : « tolérance zéro », « zéro défaut », « juste à temps », etc. Tout doit être parfait, et le jupon ne doit pas dépasser de la jupe. Une étude réalisée en 2007 par Mediapoll et Fieldforce portant sur plus de 1,882 personnes a mis en évidence qu’après les 65 ans et plus, ce sont les moins de 25 ans qui affichent les normes sociales les plus fortes. Voici quelques-uns des comportements jugés inacceptables par ces derniers :

  • s’enivrer;
  • ne pas mettre la ceinture de sécurité en voiture;
  • les discours racistes;
  • le non-respect de l’environnement ;
  • les parents qui ne contiennent pas leurs enfants récalcitrants ;
  • les parents qui n’incitent pas leurs enfants obèses à une vie saine ;
  • les femmes enceintes qui fument ou boivent.

Une étude britannique, quant à elle, a démontré que 39 % des Européens se prononcent contre les bonbons à l’école, le chocolat dans les hôpitaux, les grosses voitures et les voyages en avion qui polluent.

En fait, le discours de la restriction est de plus en plus sur toutes les tribunes médiatiques : les diététiciens cherchent à faire interdire ou contrôler la commercialisation d’aliments peu nutritifs, à interdire la malbouffe dans les lieux publics, à interdire la présence de fast-food dans les parages d’une école. Les écologistes, quant à eux, veulent supprimer les automobiles et tout ce qui est susceptible d’émettre des gaz à effet de serre. Finalement, les médecins nous convient à faire trente minutes d’exercice par jour et cherchent à nous interdire de nous affaler dans un fauteuil pour écouter la télé ou être devant l’ordinateur.

Consommer et profiter est de moins en moins bien considéré par une part croissante de la population. On vise la perfection par la restriction et l’interdiction. On cherche à vous prouver et à vous démontrer que la planète s’en porterait que mieux si tout le monde voulait bien faire en sorte d’adhérer à cet idéal de pureté.

Cette liste est réductrice, mais elle a au moins le mérite de mettre en lumière le phénomène qui fait que le cadre de « Only Me » est défini en fonction du système de valeurs auquel on adhère. Pour le néopuritain, le fait que les parents ne contiennent pas leurs enfants récalcitrants est une atteinte à l’expression de lui-même. Par exemple, dans un supermarché, le parent qui ne contiendra pas son enfant qui désire absolument et impérativement quelque chose sera très mal perçu par les néopuritains, car le néopuritain veut vivre dans un environnement propre où les écarts de conduite sont abolis et inexistants. « Only Me » est pleinement satisfait pour le néopuritain lorsque l’environnement public répond à des règles de pureté fondées sur la morale d’un système de valeurs. Par exemple, pour le néopuritain, le squeegee qui désire laver votre pare-brise au coin de la rue est un élément hautement perturbateur et irritant, car il n’adhère en aucune façon au code de la pureté morale et de contrôle prôné par le néopuritanisme. Pour le néopuritain, le squeegee ne correspond pas au « zéro défaut », loin de là, car il n’est productif ni performant pour la société, et il doit tomber dans la catégorie « tolérance zéro ».

Mon ami Claude Forrest a même vécu une expérience où la personne derrière lui, une jeune maman avec bébé dans la poussette, lui a dit, sur un ton moralisateur sans pourtant être arrogant, qu’il était irresponsable de sa part de ne pas penser aux générations futures.

La finalité du néopuritanisme

Derrière le néopuritanisme, il y a un incroyable désir de performer et de performance. L’appréciation de l’autre se mesure en fonction de sa performance et de son degré de réussite dans cette même performance. Être performant, partout, en toutes choses, c’est être pur et délivré de l’oisiveté.

Ne pas tenir de discours racistes, respecter l’environnement, contenir les enfants récalcitrants, inciter les gens à s’alimenter sainement est un programme réservé à ceux qui veulent réussir. Réussir est le résultat contingent de la performance et de la pureté. Il ne peut y avoir de réussite à la fois personnelle, sociale, familiale et économique que par la performance et la réussite. Et la seule personne dont on peut tenir responsable de sa réussite ou de son échec, c’est soi-même, et voilà que se révèle encore une fois de plus « Only Me » sous une autre forme.

Le néopuritanisme est présentement une tendance de fond dans notre société: vous vous devez d’être parfait. Tous les coachs personnels qui vous proposent la réussite sont une expression de cette attitude de vouloir atteindre la perfection, mais les choses vont plus loin encore: c’est aussi la montée du religieux et du sacré. Qu’en pensez-vous ?

  1. 3 juin 2011 à 09:25 | #1

    Honestly, it seems like I just wasted 1 minute of my life LOL.

  2. Amélie S
    23 février 2010 à 06:09 | #2

    Si l’on fait un parallèle avec le concept de modernité liquide de Bauman, je pense en effet que l’être humain s’astreint au respect de règles plus strictes car il veut donner un sens à sa vie, s’investir de manière individuelle dans la résolution de problèmes collectifs… Car de fait, il est déçu et frustré par son absence de pouvoir sur les solutions (ou non solutions) proposées par la collectivité. Après, il est clair qu’il en va aussi de sa reconnaissance sociale mais peut-être aussi de la valeur qu’il s’accorde à lui-même (?)

  3. W*
    11 janvier 2010 à 12:34 | #3

    Une réflexion particulièrement fondée…
    Mais qui, sans chercher à la détourner aucunement vers une pseudo analyse politico-sociale gratuitement “rouge”, m’ammène systématiquement à me poser la question de son origine et des raisons de son sucès… en schématisant: de l’ “induit” et de l’ “inné”.
    Ce regain (manifeste voire “criard”) du Neopuritanisme ne présente-t-il pas notamment, dans sa provenance, deux sources induites liées au fonctionnement consumériste de nos sociétés. L’un, pour nos systemes (souvent baptisés -pour simplifier- “a l’”occidentale” ou de pays “riches”) et pour ceux qui les conduisent étant la nécessité de généraliser ce genre de réflexes afin de modérer, tempérer ou orienter toute forme de contestation ou d’interrogation sociale. Avec ces jolies collections de “pret a penser” universellement pratiquées, pas de risque de déstabilisation, de révolte ou simplement de tangible remise en cause d’un ordre établi sous l’angle unique du profit financier et d’une valorisation de l’avoir et du paraitre au détriment de l’ “être”. Car, ne l’oublions pas, cela “fait vendre” !
    D’autre part, pour ceux qui le véhiculent (nous tous, parfois, à différentes échelles) un moyen de se rassurer autant que de se valoriser a moindre frais dans un monde de plus en plus anxiogène et désormais dépourvu d’un système de valeur sensible, fraternel, respectueux et “humaniste”. Car si la dictature de la réussite est belle et bien la finalité, encore faut il s’entendre sur la définition même du verbe “réussir”. Hormis dans les pays présentant un retour vers une crispation religieuse dominante, les églises sont désertées, le tube cathodique a remplacé la chaire du curé et la non pensée (habituellement nommée “pensée unique”) forge ainsi, via ce Neopuritanisme le socle d’un aveuglement consenti… aussi économiquement fonctionnel (dans un modèle libéral classique) que, dans sa perception, rassurant et valorisant pour celui ou celle qui le pratique.
    Alors comme pour le bien connu et enfantin casse tête de la poule et de l’oeuf qui pose la question fatale du “qui était là le premier”, dans une époque en pleine crise(s) de
    foi(s) et en manque d’utopies, ce comportement n’est-il pas, logiquement, le commode digestif universel “préconisé et approuvé” pour traiter, sans effort ni remise en cause
    réele, nos angoisses existentielles tout en simulant une noble réaction face à nos maux ?
    “Moi je” peut il alors présenter, en ce cas, un autre aspect supplémentaire opposé, non pas de facile repli de type “apres moi le déluge” sur son égo mais de possible
    développement, interrogation, reflexion voire partage de regards, de sensibilités et de solutions différentes pour un avenir alternatif face à un environnement verrouillé par la non pensée dont la pression cherche à balayer toute voix (voie ?) autre ou contradictoire ?
    Le Néopuritanisme pourrait il également être le fruit d’une autre tendance, celle de la déresponsabilisation globale, individuelle et collective ? Ou est ce l’inverse ?
    Comme pour l’oeuf et la poule, je m’interroge.

    • 12 janvier 2010 à 18:46 | #4

      Bonjour Wilfrid,

      en ce qui concerne la question de la déresponsabilisation, effectivement, le néopuritanisme conduit à cela. Je prépare d’ailleurs un billet à cet effet.

  1. Pas encore de rétroliens.

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